
La fusée indienne PSLV-C20 (Polar Satellite Launch Vehicle)
transportant sept satellites a décollé lundi du centre spatial Satish Dhawan
sur l’île de Sriharikota dans le sud-est du pays. Un satellite franco-indien (CNES-ISRO)
de 346 kg destiné à mesurer le niveau des océans, SARAL (Satellite with ARgos
and ALtika), faisait partie du voyage. Pranab Mukherjee, président indien,
a salué les ingénieurs de l’ISRO qualifiant le tir de “epitome of
Indo-France cooperation in space”. Parmi les six autres charges utiles
placées en orbite, on notera notamment la présence de Sapphire, un
microsatellite développé par MDA entièrement conçu pour suivre la trajectoire
des débris et satellites situés entre 6 000 et 40 000 km autour de la Terre
dans le cadre d’une collaboration entre les forces militaires canadiennes et le
programme américain de surveillance de l’espace. Initiative 100% militaire,
Sapphire est le premier satellite jamais possédé par le Department of National
Defence canadien et une étape majeure dans l’élaboration d’un programme spatial
militaire propre. NEOSSAT, dit le “chasseur d’astéroïdes
dangereux”, de l’Agence spatiale canadienne est également développé en
partenariat avec les militaires : il pourra d’ailleurs le cas échéant être
utilisé en tandem avec Sapphire. Suivent : UniBRITE, aka CanX-3 (Canadian
Advanced Nanospace eXperiments), aka BRITE (BRIght-star Target Explorer), et
TUGsat 1, aka BRITE-Austria, collaborations entre l’Autriche et le Canada,
STRaND 1, phonesat
britannique développé par l’université du Surrey, et AAUSAT3, un cubesat
développé par des étudiants danois. Le poids total s’élève à 668,5 kg. L’Inde
envisage d’effectuer neuf autres tirs cette année.
Après plusieurs jours de rumeurs, Dennis Tito et son équipe de l’Inspiration Mars Foundation ont annoncé leurs plans d’envoyer un équipage humain autour de Mars en 2018. Rien sur le coût ni l’architecture de la mission. Sans doute parce qu’eux-mêmes ignorent encore tout de cela. Tout comme le nom de la fondation prête à le croire, l’objectif est avant tout d’inspirer une nouvelle génération – la problématique STEM – et de préparer l’Amérique pour l’exploration proche de Mars. Et de fait l’idée est très sérieuse, cherchant à tirer avantage de la fenêtre de lancement de 2018. D’aussi bonnes conditions dans l’alignement de la Terre et de Mars ne seront en effet pas répétées avant 2031. L’entreprise n’est pas commerciale, mais philanthropique selon son créateur : « let me guarantee you I will come out a lot poorer ... but my grandchildren will come out a lot wealthier due to the inspiration this will give them »
Le second point est l’absence de toute contribution
gouvernementale. Si Tito pense pouvoir lancer une telle mission sans l’appui
financier public, c’est parce que la mission consiste en un simple survol :
elle ne cherchera ni à rejoindre l’orbite martienne ni à atterrir au sol
éliminant dès lors tous les systèmes associés, y compris le carburant
supplémentaire, à ce type d’expéditions. Selon Dennis Tito, le coût sera
modeste : un « chump change compared to
what we’ve heard before ». Les deux premières années seront financées par
Tito, par ailleurs multimillionnaire et premier touriste de l’espace, 20
millions de dollars donnés à la Russie ayant suffi pour lui ouvrir les portes
de l’ISS en 2001. Robert Zubrin, de la Mars Society, a
indiqué « I
give them a 1-in-3 chance,
but not for the technical reasons. It’s a question of can they raise the money.
This raises the question to NASA—'How come you haven't done this?' NASA
has had a billion dollars before ».
Une « simple » capsule, contenant deux personnes,
suffira donc à faire l’aller-retour. Celui-ci, que Tito compare à un lancer de
boomerang, durera quelque 501 jours. Une chose a été soulignée : la
mission sera américaine – impliquant pour le moment, c’est-à-dire sur le
papier, la future fusée Falcon Heavy de SpaceX, de même que la capsule Dragon
non-encore testée pour le vol habité –, tout comme l’équipage : un homme,
une femme, de préférence un couple. Pour l’homme d’affaires, il y a en effet
urgence : d’autres pays profiteront sans doute de la fenêtre de 2031. Lorsque
les journalistes présents à la conférence lui ont demandé s’il avait
l’intention de battre la Chine, il a répondu : « Wouldn’t I want to do that? Wouldn’t I want America to do that? ».
La mission n’est néanmoins pas pensée pour remettre en cause le SLS ou le
système Orion actuellement en développement. Pour Tito, les systèmes et la
technologie disponibles aujourd’hui rendent possible un survol de Mars,
l’exploration méthodique de la planète nécessitera un système plus complet…

La deuxième mission de fret de la société SpaceX a décollé
vendredi du Kennedy Space Center situé en Floride. Malgré une mise en orbite
réussie, le cargo spatial Dragon n’est pas parvenu tout de
suite à ouvrir ses panneaux solaires. Si le problème avait persisté ou si
les panneaux ne s’étaient pas déployés de manière optimale, le vaisseau
n’aurait probablement pas eu l’énergie suffisante pour s’arrimer à l’ISS, ses
batteries ne permettant vraisemblablement d’effectuer qu’une seule tentative et
la NASA aurait pu se refuser à courir le risque. A noter l’importance des radars du l’USAF
pour situer précisément le Dragon laissé à la dérive. Le lancement, CRS-2 pour Cargo
Resupply Services 2, de la capsule Dragon permet d’assurer le
ravitaillement de la station spatiale internationale. Le bras robotique de
l’ISS, le fameux Canardam-2, contribution du Canada au programme, a été utilisé
pour accrocher la capsule. Le vaisseau restera arrimé jusqu’au 25 mars, date à
partir de laquelle il entamera sa descente sur Terre avec plus d’une tonne de
matériel et déchets, notamment le résultat d’expériences menées à bord de
l’ISS. A noter que la photographie (le Dragon au-dessus du Mont Etna) a été prise par le canadien Chris Hadfield, dont je conseille à tous de suivre le compte Twitter. Le premier vol commercial d’un Dragon s’est tenu en octobre 2012. Cinq
mois auparavant, ce vaisseau avait été le premier cargo privé à s’arrimer à
l’ISS. La NASA a signé avec SpaceX un contrat pour 12 missions de ravitaillement
dans le cadre de COTS d’une valeur de 1,6 milliards de dollars. Une deuxième
société, Orbital Sciences, sélectionnée par la NASA pour un contrat de 1,9
milliards de dollars de 8 vols, prépare activement le lancement de sa fusée
Antares à bord de laquelle se trouvera le cargo Cygnus.
Retour sur le météore russe à travers cette compilation
et un article de The Economist : l’hebdomadaire
britannique, habituellement très critique envers les programmes spatiaux,
notamment habités, croit voir ici la justification ultime, « the real star war ». A noter que, détectée
par le réseau de capteurs (infrason) de l’Organisation du traité d'interdiction complète
des essais nucléaires (CTBTO) chargée de prêter l’oreille explosions
atomiques de par le monde, l’entrée dans l’atmosphère du projectile a été
enregistrée par 17 stations, dépassant le score atteint par un bolide similaire
ayant explosé à Sulawesi en Indonésie en 2009.
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