samedi 16 août 2014

Pourquoi Mars : les chroniques martiennes de la NASA

Cette recension, tout comme la précédente, a fait l’objet d’une publication parallèle sur War Studies Publications. Merci à son auteur, Olivier Schmitt, pour avoir rendu possible cette coopération.

Dans l’un des rares épisodes que la série télévisée The West Wing a consacré à la politique spatiale, Joshua Lyman, chef de cabinet adjoint de la Maison Blanche, confesse, après avoir été interpellé par des représentants de la NASA, que l’administration n’a qu’une seule priorité concernant l’espace, « that you guys stop screwing up », donnant à l’agence spatiale américaine un objectif essentiellement négatif et lui montrant que le mieux qu’elle puisse faire est de se faire oublier. Le lecteur pressé pourra trouver là un résumé condensé des problématiques présentes au cœur du dernier ouvrage de W. Henry Lambright. Et de fait, en affirmant cela, Josh révèle une vérité incontestable : les scientifiques peuvent toujours se mettre d’accord sur la direction à donner à un programme, ce sont les politiques qui déterminent le rythme. C’est tout particulièrement le cas de l’exploration martienne qui, loin de constituer un sprint à la manière du programme Apollo, s’apparente davantage à un marathon dont l’allure à laquelle il est poursuivi varie selon le nombre de détours et de zigzags que l’on emprunte. Comprendre le programme d’exploration de Mars relève ainsi d’un type de questionnement propre à la démocratie américaine : comment maintenir, sur le long terme, un programme fédéral de R&D de grande échelle (ce que Lambright qualifie de big science) qui, à la fois coûteux et très risqué, soit capable de résister aux aléas politiques habituels au pire des régimes à l’exception de tous les autres, tout en conciliant des priorités publiques, scientifiques et bureaucratiques souvent concurrentes ?

Professeur de politique publique à la Maxwell School of Citizenship and Public Affairs de l’Université de Syracuse, l’auteur est un habitué de ces questions pour avoir déjà écrit sur le sujet dans un langage toujours simple et à portée de tous, bien que rédigé d’abord et avant tout pour les théoriciens et les praticiens du management public et les universitaires intéressés par l’histoire politique de la conquête de l’espace. Sa réponse procède ici de la même façon. La thèse de Why Mars est qu’une coalition informelle et sans cesse mouvante de groupes de défense, à l’intérieur et à l’extérieur de la NASA, s’est efforcée de faire de la NASA le lieu principal au sein du gouvernement américain vers lequel doivent converger tous les efforts ayant pour objet l’exploration de la planète rouge. Les succès et les échecs de cette coalition de supporters pour attirer les financements et fixer les priorités (Mars vs. les autres planètes, Mars vs. les activités spatiales autres que l’exploration planétaire…), de même que les stratégies scientifiques (partisans d’une exploration graduelle vs. défenseurs d’une approche accélérée…) et politiques (la NASA vs. l’OMB, la NASA vs. le Congrès…) employées, ont influencé en retour le rythme et le déroulement du programme d’exploration martienne. Pour Lambright, le nœud principal du problème se situe donc au niveau de la connexion qui s’établit ou non entre l’agence spatiale américaine et ses maîtres politiques. Il faut demander, selon lui, quelle motivation – ou combinaison de motivations – est susceptible de servir au mieux de véhicule pour garantir un soutien politique et permettre à une vision entrée dans une phase d’« équilibre ponctué » de se matérialiser en action. Dit autrement, ce n’est qu’en répondant à la question du pourquoi que l’on parviendra à résoudre la problématique du comment. Cette leçon, pour n’être pas spécifique au spatial comme Dan Goldin s’en était enorgueilli face aux scientifiques surpris après l’échec du Superconducting Super Collider au moment où tout semblait réussir au programme martien de la NASA, est déterminante ici pour expliquer les influences et les limites des partisans de l’exploration de Mars.

Présentée simplement, l’exploration de Mars a pour objectif de mieux comprendre la planète qui, de l’avis général, est la plus intéressante parmi toutes celles situées dans le voisinage de la Terre. Reste que trois raisons particulières émergent plus nettement pour expliquer l’attrait particulier que la planète rouge suscite chez les scientifiques et surtout le public. La première d’entre elles – sans doute aussi la plus efficace et la plus à même d’entrer en résonance avec le public, par ailleurs la plus constante dans l’histoire de la NASA – repose sur la possibilité de vie sur Mars. La question ouverte de la vie, qu’elle soit présente sous une forme actuelle – cachée sous la surface, dans le permafrost – ou passée – à l’état de fossile, lorsque la planète avait un climat différent de celui qui règne aujourd’hui et lorsque l’eau coulait à sa surface – a toujours été un moteur déterminant du programme d’exploration de Mars, susceptible à la fois de lui donner une direction et un rythme. Aussi n’est-on pas surpris si son saint Graal a un nom : le Mars Sample Return (MSR) qui désigne le programme robotique de retour sur Terre, seul ou en coopération, d’échantillons prélevés sur le sol martien pour examen en laboratoire. La seconde motivation repose sur la volonté, non plus de trouver, mais d’envoyer de la vie sur Mars. Le programme robotique apparaît ainsi comme un précurseur à de futures missions habitées. Cette connexion, quoique n’allant pas toujours de soi dans le court terme lorsque chaque programme cherche à rivaliser avec son voisin immédiat pour obtenir le plus grand financement, est importante car elle fait du programme de vol habité un allié potentiel du programme robotique. Le troisième et dernier facteur est d’ordre politique, sans qu’il soit ici nécessaire d’expliciter, sinon pour dire qu’il est toujours d’actualité, bien que sous une forme plus coopérative que compétitive comme le montrent les relations (tumultueuses il est vrai) entre la NASA et ses homologues soviétique/russe et surtout européen.

Il devient dès lors possible, suivant la combinaison retenue et les stratégies employées, de distinguer cinq voire six périodes différentes que l’auteur présente le long de 13 chapitres. Deux exemples évocateurs peuvent à mon sens être présentés avec profit :

1) Si la recherche de la preuve de vie martienne est l’argument à même d’entrer le plus facilement en écho avec les aspirations de la société, sa manipulation peut parfois être à double tranchant. En témoigne l’époque du programme Viking qui a été caractérisée par l’envoi réussi, en 1975, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, d’un couple d’atterrisseurs (Viking 1 et Viking 2). Bien qu’un succès à bien des égards, le programme fut victime du fait qu’il ne parvint pas à atteindre son objectif avoué de trancher une fois pour toute la question de la vie sur Mars. Pire, il entretint l’idée que Mars était un astre mort comme la Lune. Le même moteur qui avait ainsi permis au programme martien de trouver un financement dans un environnement budgétaire inédit, car très contraint, contribua à stopper net tout nouvel effort : une véritable tragédie pour un programme distribué (distributed big science) comme le programme martien qui s’appuie explicitement sur une série de missions successives (ce que la NASA appelle des projets) étendues sur plusieurs années. Et de fait, désormais privées de cette motivation, les années 1980 furent marquées par un vide institutionnel que Lambright qualifie d’interrègne, la société civile (la Planetary Society, la Mars Society…) prenant alors le relais de la NASA pour maintenir le rêve. Ironie de l’histoire, le programme connut un sursaut lorsque le lien avec la vie fut renoué sous la forme d’une météorite martienne trouvée en Antarctique. Ajoutée à la preuve donnée par l’atterrisseur Mars Pathfinder et son rover historique Sojourner qu’une mission low-cost (dite « Faster, Cheaper, Better ») – compatible, qui plus est, avec la campagne de rationalisation budgétaire entreprise par le vice-président Al Gore – était possible, elle permit au programme d’exploration de Mars de la NASA de reprendre de l’élan.

2) Le lien entre Mars et le programme de vol habité est le plus souvent indirect et ambivalent. En sauvant le programme de vol habité, la décision du président Nixon en 1972 de lancer le programme Space Shuttle a certes permis à la NASA de survivre en tant qu’agence indépendante, mais elle a imposé un certain nombre de contraintes sur les autres programmes. De la même façon, la station spatiale que le président Reagan a appelée de ses vœux en 1984 a défini les limites du possible pour le programme robotique martien mais l’espace budgétaire dans lequel celui-ci allait désormais évoluer était bien plus vaste avec la station que sans la station. D’autant plus que l’ISS, en tant qu’outil de politique étrangère, a permis dans les années 1990 de tenir le président Clinton et le vice-président Al Gore informés des questions de politique spatiale et de les maintenir étroitement impliqués dans les activités de la NASA. Véritable combinaison gagnante, le fait néanmoins que le programme d’exploration martienne puisse avoir pour but explicite à la fois de trouver et d’amener la vie a eu plusieurs occurrences marquantes. La Vision for Space Exploration annoncée par le président Bush en 2004, au moment où la NASA accumule les succès avec MER (rovers Spirit et Opportunity), offre un exemple parlant de ce point de vue : jamais les objectifs d’exploration habitée et d’exploration robotique de Mars n’ont autant avancé main dans la main qu’à ce moment là. Fort de cette logique, étant donné le contexte actuel créé par l’atterrissage réussi de MSL Curiosity et sa couverture médiatique très positive, il est permis de croire, pense l’auteur, qu’une future mission MSR capable d’unifier les différents programmes de la NASA que sont le vol habité, les missions scientifiques et la recherche et technologie a toute ses chances. Josh Lyman approuverait certainement.

En décrivant les hauts et des bas de la quête américaine de Mars – la planète pour laquelle la NASA a de très loin le plus dépensé tout au long de son existence –, l’ouvrage de Lambright vient compléter une bibliographie demeurée lacunaire. Etant donné la place prépondérante occupée par les Etats-Unis dans le paysage spatial international, il fait aussi œuvre utile. Alors que la Lune met en relief le passé glorieux de l’agence spatiale américaine au siècle dernier, la planète rouge se dresse comme un symbole de ce que réserve le XXIe siècle. L’intérêt de Why Mars : NASA and the Politics of Space Exploration est de rappeler que Mars constitue une source permanente d’inspiration et de motivation autour de laquelle des groupes de défense peuvent se mobiliser efficacement afin d’organiser un véritable plan d’action, tirer parti de découvertes ou d’événements potentiellement catalyseurs et obtenir un soutien politique.



mercredi 9 juillet 2014

L'espace menacé : retour sur Crowded Orbits. Conflict and Cooperation in Space

Voilà un ouvrage qui va rapidement s’imposer comme une lecture obligatoire pour qui, étudiant ou professeur, cherche à se familiariser avec les enjeux de l’espace. Et de fait, rédigé de manière à traiter le plus explicitement et simplement possible des problèmes clés et des contradictions ayant concerné les activités spatiales d’hier à aujourd’hui, tout en posant la question essentielle de leur continuité dans le futur, Crowded Orbits n’est a priori pas le livre excessivement technique de nature à troubler le lecteur de bonne volonté.

Ni la longueur (moins de 200 pages pour le texte lui-même) ni le style (offrant une écriture simple et peu jargonneuse) n’ont été pensés pour imposer un travail de lecture trop exigeant. Surtout, l’auteur, expert reconnu en la matière, par ailleurs professeur à la Naval Postgraduate School à Monterey en Californie et à l’origine d’ouvrages et d’article remarqués, a pris soin d’inscrire son sujet le long de contours connus, consacrant ainsi un chapitre entier à chacun des différents programmes civils, commerciaux et militaires des Etats-Unis et des autres grands acteurs spatiaux de ce monde. Un chapitre est également dédié au domaine de la diplomatie spatiale : James Clay Moltz parvient là encore à fournir un contexte utile et stimulant à même, tout à la fois, d’exposer l’état d’avancement d’initiatives majeures comme le code de conduite (dont la dernière version, vieille seulement de quelques semaines, est disponible sur le site du SEAE) et d’expliquer pourquoi les discussions sur la régulation de la militarisation de l’espace sont aussi difficiles à mener (comme l’atteste le blocage entre les Etats-Unis, la Russie et la Chine au sein de la Conférence du désarmement).

Ceci étant dit, pour indispensable qu’il puisse paraître en tant qu’introduction au monde des fusées et des satellites, l’ouvrage n’est pas sans limites. L’auteur est par exemple vraisemblablement peu au fait des subtilités européennes et du partage des tâches existant entre l’ESA, l’UE et les programmes nationaux. Il est de même surprenant – et contre-productif – que l’ouvrage fasse un usage aussi exclusif des unités de mesure américaines notamment dans le chapitre d’introduction à la mécanique céleste. Nous ne nous attarderons cependant pas sur ces aspects. Plus utile à notre sens, si l’on veut ne pas se méprendre sur l’intérêt véritable de ce livre, est la distinction qu’il convient d’opérer entre le « normatif » et le « positif ».

La force de l’ouvrage est de réussir à identifier, à capturer et à transmettre le nouveau zeitgeist sans tomber dans l’emphase hollywoodienne d’un film comme Gravity. Difficile pour quiconque s’intéresse aux problématiques de sécurité spatiale d’échapper en effet aux « 3C ». Et pour cause, cette abréviation popularisée par l’administration Obama après sa fameuse National Space Security Strategy de 2011 a été répétée à l’envi par les représentants du département d’Etat et du Pentagone : l’espace est de plus en plus congestionné (congested), contesté (contested) et compétitif (competitive). Il n’en demeure pas moins que, si ce changement de paradigme est reconnu par tous au sein de la communauté spatiale, sa signification n’est pas nécessairement comprise au-delà, parmi le grand public et surtout les décideurs en charge d’orienter les grands axes de l’activité internationale. Crowded Orbits s’épargne également les longues réflexions d’un précédent ouvrage réédité en 2011 qui, pour avoir établi la réputation de l’auteur (il n’est d’ailleurs pas innocent que ce travail soit régulièrement cité à l’appui des déclarations officielles américaines), n’en était pas moins difficile d’accès. La thèse, désormais réduite à l’essentiel, cherche à convaincre de la nécessité de mettre en avant le quatrième C de la coopération. Une double leçon émerge ainsi de manière très convaincante dans le cadre du chapitre de conclusion : quoique l’espace ait besoin de plus de coopération étant donné le nombre sans cesse grandissant d’acteurs – publics et privés – désireux de s’approprier les ressources jumelles que sont les positions orbitales et les fréquences électromagnétiques associées, les défis pour mettre en place un tel mécanisme sont encore nombreux et les succès pour le moment très limités. Il convient donc de mettre au crédit de Clay Moltz l’émergence d’un sentiment d’urgence, plus que jamais vital dans le contexte actuel.  

L’ouvrage se cantonne toutefois trop souvent à un résumé descriptif de la situation plutôt que de tenter une analyse d’ordre plus positif. Les chapitres sur l’espace qualifié de civil (science + vol habité) et l’espace commercial sont ceux qui souffrent le plus de ce biais. Et de fait, ils s’avèrent être les moins problématisés et d’ailleurs les moins réussis. La critique est moins pertinente s’agissant de l’espace militaire que l’on sent beaucoup mieux maîtrisé – déformation professionnelle oblige – par l’auteur. Cela est particulièrement saisissant dès lors qu’il est question des interactions entre les relations internationales terrestres et les relations internationales spatiales. Si, à plusieurs reprises, Moltz remarque fort logiquement que les secondes sont inévitablement liées aux évolutions des premières, la nature exacte du lien n’est jamais précisée. L’ouvrage s’appuie d’emblée sur l’idée que l’espace, parce qu’il justifie désormais un engagement pour lui-même, relève d’une logique spécifique liée à la sur-utilisation actuelle de ses ressources. Il manque ici une analyse de nature plus géocentrée expliquant pourquoi l’espace fait plus que jamais sens au XXIe siècle et comment il s’intègre dans un cadre plus général qui le dépasse (motivations, société de l’information, politique étrangère, polarité…). Telle est d’ailleurs la thèse explorée par un ouvrage récent comme NASA in the World qui, bien que portant sur un sujet sensiblement différent, mérite davantage de ce point de vue d’être intégré dans un syllabus de cours de politique spatiale. Ce manquement est d’autant plus ennuyeux que la surpopulation qui menace par exemple les orbites GEO s’insère dans une logique de type Nord-Sud (ce que John Vogler appelle la « tragédie de la dépossession ») ici absente de l’étude, et non pas seulement de type « Big Sky » ou « tragédie des communs ».

Bref, Clay Moltz signe là un travail plus qu’honnête que devrait apprécier le lecteur non averti. Reste que, même s’il s’agit là d’une simple introduction aux enjeux spatiaux sans ambition autre que pédagogique – un effort en soi salutaire ! –, son manque d’envergure assumé ne peut en faire l’ouvrage de référence ultime. Celui-ci se fait encore attendre.



James C. Moltz était l’invité, le 5 juin dernier, du Stimson Center : l’occasion de revenir en détails, avec Scott Pace comme discutant, sur son dernier livre...






dimanche 15 juin 2014

Cosmos : l’espace et la science à portée de tous ?


Diffusée presque 35 ans après la série originale animée par Carl Sagan, Cosmos :A Spacetime Odyssey vient donc de se terminer le 8 juin dernier. Et comme à l’accoutumée, ce dernier épisode a offert l’occasion de rendre un hommage vibrant au scientifique et astronome américain disparu en 1996. Preuve que la référence au « point bleu pâle » perdu dans l’immensité du cosmos continue plus que jamais à porter avec succès le message d’humilité et de scepticisme de Sagan et à inciter les spectateurs à poursuivre leur exploration et découverte de ce que l’univers a encore à offrir à l’humanité de déroutant et de merveilleux.

 Ce final a le mérite d’être cohérent. Car la tâche que s’est donné ce nouveau Cosmos tout au long de treize épisodes de 50 minutes chacun n’est pas simplement cosmétique. Il ne s’agit pas seulement de faire du neuf avec du vieux en présentant des effets spéciaux naturellement plus spectaculaires que ceux utilisés au début des années 1980 et en mettant en scène un nouveau « spaceship of the imagination fueled by equal parts of science and wonder » à l’apparence plus lisse et un « cosmic calendar » retravaillé plus en phase avec le goût du jour.

Pour cause, si la matière est la même, l’objectif, lui, a quelque peu changé. Il s’agit désormais moins d’enseigner ou de vulgariser la science auprès des nouvelles générations que d’inspirer. Le but est de présenter la science d’une manière qui puisse faire sens pour les téléspectateurs. « America has always been a nation of fearless explorers, who dreamed bigger and reached farther than others imagined, avait ainsi déclaré le président Obama en introduction du premier épisode, That’s the spirit of discovery that Carl Sagan captured in the original Cosmos. Today we are doing everything we can to bring that sense of possibility to a new generation ». Or qui mieux de ce point de vue que Neil deGrasse Tyson pour jouer le rôle autrefois endossé par Sagan ?

L’individu est surtout connu aujourd’hui pour ses multiples apparitions à l’écran (qu’il s’agisse de shows télévisés ou de séries comme dans The Big Bang Theory ou Stargate Atlantis), ses remarques caustiques que les internautes s’amusent à immortaliser à coup de memes ou les statistiques impressionnantes de son compte Twitter, mais il est notable que, lorsque Tyson obtient son Ph.D. en astrophysique en 1991, le nombre d’astrophysiciens Noirs américains passe de 6 à 7. Il n’est pas étonnant que sa nomination à la tête du planétarium Hayden à l’American Museum of Natural History de New York en 1996 ait été vécue comme une véritable révolution : de l’avis de beaucoup, jamais depuis Benjamin Banneker un Afro-Américain n’avait atteint une position scientifique aussi prééminente.

Cette réussite est, selon Tyson lui-même – ainsi qu’il en fait le témoignage autobiographique dans The Sky Is Not the Limit –, la preuve qu’aucune activité de l’effort humain n’est hors de portée pour qui s’en donne la peine, et ce quelle que soit son origine sociale ou ethnique, ou son sexe. Un constat que le nouveau Cosmos s’essaye à confirmer à travers les récits de vie d’Isaac Newton, Michael Faraday, Joseph von Fraunhofer, les Harvard Computers et autre Cecilia Payne-Gaposchkin : cela est d’ailleurs rendu explicite dès le premier épisode qui relate la rencontre – décisive aux dires de Tyson – entre l’adolescent du Bronx qu’il était alors au milieu des années 1970 et Carl Sagan, le professeur et directeur de laboratoire à l’Université Cornell.
Avec ses images extraordinaires de l’univers et des objets qui l’habitent ou que nous y envoyons, Cosmos s’inscrit dès lors dans une histoire plus large qui est celle de la relation entre l’imagination ou l’idéologie et le programme spatial américain. Si « nothing in this world has the power to inspire forward thinking and visions of the future the way the space program can », comme Tyson l’a soutenu ailleurs, c’est parce que le rêve spatial, tout comme le rêve américain, est dominé par une idée centrale, celle selon laquelle l’espace appartient à « l’humanité toute entière ». Certes, les personnages auxquels l’activité spatiale est la plus souvent associée laissent apparaître un profil type étrangement homogène : l’astronaute professionnel et technophile, généralement sinon exclusivement masculin et blanc. Mais, ici ou là, apparaissent des figures exemplaires, réelles ou imaginées, permettant au message de minimiser ses contradictions et de garder sa cohérence et sa capacité de mobilisation. Qu’il s’agisse de la scientifique incarnée par Jodie Foster dans Contact de Carl Sagan ou de l’Américain d’origine Navajo Jamie Waterman dans Mars de Ben Bova, des héros de Rocket Boys – le récit autobiographique d’Homer Hickam, par ailleurs fils de mineur dans la Virginie-Occidentale de la fin des années 1950 –, ou des personnages Hikaru Sulu et Nyota Uhura, tous deux pilotes historiques de l’Enterprise et incarnés respectivement par George Takei et Nichelle Nichols…

La force d’une vision se mesure à l’aptitude à dépasser les obstacles susceptibles d’émerger au fur et à mesure que le fossé séparant les faits de la fiction s’agrandit. En l’occurrence la stratégie privilégiée est celle de la persistance. Il est frappant ainsi qu’un film de science-fiction supposément critique voire subversif comme l’Elysium de Neill Blomkamp, qui décrit un futur dystopique dans lequel l’espace serait monopolisé par une élite (tendance qui se dessine à travers le tourisme spatial version Virgin Galactic), s’achève d’une manière aussi conventionnelle par un retour au mythe de l’espace libre d’accès et d’utilisation pour tous. 

L’espace peut alors rester le lieu de tous les possibles : rien moins que l’ultime frontière, la porte d’entrée permettant d’ouvrir la voie vers une vie meilleure aux méritants qui, pour des questions de couleur de peau, de sexe ou encore d’origine sociale, n’ont pas la possibilité de prétendre à beaucoup ici bas, sur Terre. Le poste de pilotage du vaisseau spatial de l’imaginaire est vide et il ne tient qu’à vous de l’occuper !
Images Fox  Trailer / scène finale de lépisode 13 « Unafraid Of The Dark » 

vendredi 30 mai 2014

L’espace, un enjeu terrestre


L'espace, un enjeu terrestre
Parution d’intérêt pour ce blog si l’en est, le dernier numéro (mai-juin 2014) de la revue Questions internationales est consacré à « l’espace, un enjeu terrestre ». Et quoi de plus alléchant pour illustrer cela étant donné les conséquences que la crise ukrainienne fait actuellement peser sur les relations internationales spatiales qu’une navette spatiale passant – sauf erreur de ma part – au-dessus de la Crimée ?

Au vu du sommaire, le lecteur averti pourrait être tenté de passer son chemin. Et de fait, nulle nouveauté ici pour qui se préoccupe des questions spatiales depuis un certain temps mais un sentiment de déjà vu d’autant plus que marqué que nous retrouvons peu ou prou aux manettes les usual suspects. Un rapide et non-exhaustif tour d’horizon de la littérature non-spécialisée, celle positionnée précisément entre les journaux d’actualité et les revues scientifiques, suffit à s’en convaincre : que l’on s’arrête sur le dossier « Géoéconomie de l’espace » que la revue Géoéconomie publie fin 2001 ou sa redite dix ans plus tard en 2012, ou que l’on jette un œil sur le hors-série que lui consacre le magazine Diplomatie en 2009 après que La Nouvelle revue géopolitique ait fait la même chose deux ans plus tôt.

On ne change pas une équipe qui gagne dit-on. Surtout quand il n’en existe pas d’autre faut-il ajouter dans ce cas présent… Immanquablement donc, certains articles sembleront opter pour une ré-actualisation facile plutôt qu’un véritable effort de renouvellement de la réflexion ou, simplement, de restructuration des idées, l’efficacité primant en quelque sorte sur la variété. On peut regretter. Reste néanmoins que, outre que l’espace constitue une première pour QI – créée seulement en 2003 –, un choix éditorial qu’il me serait difficile de critiquer, il faut reconnaître à ce numéro plusieurs qualités.

La première et non la moindre est l’adoption comme axe directeur d’une hypothèse simple et stimulante quoique peu révolutionnaire, contenue dans l’intitulé et développée notamment dans l’introduction de Serge Sur : l’espace est le reflet plus ou moins déformé des relations internationales terrestres. « Nouvelle frontière, mais avant tout tournée vers la Terre, et qui par là même cherche ses bornes » peut-on ainsi lire. Le reste de la publication s’inscrit assez naturellement dans cette démarche, invitant ainsi le lecteur, notamment s’il est nouveau sur ce sujet, à embrasser d’un coup un domaine à la fois vaste et complexe.

L’autre intérêt de ce dossier, en dehors même des articles de fond sur lesquels je ne m’attarderai que pour dire qu’ils offrent une analyse complète et exhaustive de la situation spatiale internationale, se trouve les encadrés, cartes et graphiques qui dans la tradition de QI permettent d’offrir des compléments bienvenus. Cela est particulièrement utile s’agissant de l’espace où certaines connaissances techniques – je pense par exemple orbitologie et gestion du spectre électromagnétique – sont indispensables. Enfin, parce qu’un retour aux sources est par définition rafraichissant, on appréciera l’opportunité offerte de lire ou de relire Lucien de Samosate et Constantin Tsiolkosvki.

Voir aussi, « La diplomatie spatiale, un enjeu mondial », Le Monde, 25 avril 2014

lundi 19 mai 2014

« Syrie : Chronique d’un soulèvement détourné »

Attention, exceptionnellement, le prochain café stratégique, 35e du nom, aura lieu demain soir, 19h, au Concorde. Nous aurons le plaisir d’écouter débattre en duo Stéphane Mantoux, blogueur allié sur Historicoblog, et Joseph Bahout, qui nous avait déjà fait l’honneur d’accepter une précédente invitation.
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vendredi 9 mai 2014

L’espace des think tanks

Le grand nombre d’études que les think tanks spécialisés publient m’oblige à ouvrir, sans prétendre pour autant à l’exhaustivité, une rubrique générale dédiée. Une seule règle : la publication, si je ne peux empêcher qu’elle soit la plupart du temps en anglais – ce qui limite quelque peu sa disponibilité j’en conviens –, doit être accessible librement (au moins en partie) sur le net.

S’agissant d’exploration spatiale, je signale tout d’abord un rapport publié en décembre dernier par le Marshall Institute, un think tank surtout connu pour ses prises de position conservatrices. L’ouvrage en question ne fait pas exception et l’administration Obama en prend pour son grade, elle qui, toute juste élue, a décidé de mettre un terme au programme Constellation de retour sur la Lune du président Bush et conduit au compromis bancal établi avec le Congrès autour, d’une part, du renforcement de la présence humaine en LEO (soutien à la commercialisation), et, d’autre part, de l’exploration spatiale au-delà des orbites terrestres (le double programme SLS/Orion). Reste que, par bien des aspects, les auteurs s’inscrivent tout comme Obama dans la continuité du rapport Augustine qui, le premier, a osé poser la question tabou : pourquoi au juste aller dans l’espace ? Le programme spatial américain ne s’en est toujours pas relevé comme en témoignent d’ailleurs trois rapports récents publiés eux-aussi fin 2013. Voir Eric R. Sterner (ed.), America’s Space Futures: Defining Goals for Space Exploration (décembre 2013) avec les contributions de James Vedda, Scott Pace, Williams Adkins et Charles Miller. Disponible sur Amazon au format Kindle. Le lecteur pourra toutefois se référer à cet article synthétique disponible gratuitement sur The Space Review ou encore à cet op-ed et cet extrait rédigés par les auteurs.

Pour parler de sécurité spatiale cette fois, l’Union of Concerned Scientists (UCS) poursuit au travers d’une nouvelle étude son programme « Averting an Arms Race in Space ». Le rapport, signé comme d’habitude par Greg Kulacki, s’attaque aux présupposés derrière le prétendu risque de « Pearl Harbour spatial ». La source utilisée, à l’inverse des documents souvent peu fiables cités par les analystes américains, est un manuel militaire chinois publié en 2003 (avant le tir ASAT de 2007) par l’armée populaire de libération, intitulé The Science of Second Artillery Operations. Voir Gregory Kulacki, An Authoritative Source on China's Military Space Strategy (mars 2014). Disponible gratuitement au format pdf. Il ne s’agit pas néanmoins de formuler une conclusion définitive à l’endroit de la Chine et de l’intérêt que pourrait représenter pour elle une capacité antisatellite, rappelle l’auteur. Bien lui en fasse car c’est précisément ce point là que Brian Weeden de la Secure World Foundation (SWF) examine dans une analyse comparative et détaillée du tir d’une fusée-sonde chinoise en mai 2013 que beaucoup aux Etats-Unis ont présenté comme un nouveau test ASAT. Etablie à partir de sources ouvertes, notamment des images satellites achetées à DigitalGlobe, l’étude suggère que le tir en question avait pour objectif de tester tout ou partie d’un nouveau missile d’interception à ascension directe contre un satellite situé en MEO, HEO voire GEO. Voir Brian Weeden, Through a Glass, Darkly: Chinese, American, and Russian Anti-satellite Testing in Space (mars 2014). Disponible gratuitement au format pdf et sur The Space Review.

Quatrième et dernière publication au menu de ce rapide compte-rendu, Awaiting Launch: Perspectives on the Draft ICoC for Outer Space Activities s’intéresse aux négociations lancées par l’Union européenne autour d’un code de conduite international pour les activités menées dans l'espace extra-atmosphérique, et ce alors qu’une troisième version a été mise en ligne sur le site du SEAE en septembre dernier et que la troisième (et ultime) étape du processus de consultation a commencé ce mois dernier. Publié par la Observer Research Foundation (ORF), un think tank basé en Inde, le rapport donne la parole à plusieurs experts internationaux, dont, pour ne citer que ceux que les lecteurs de blog sont le plus susceptibles de connaître, Xavier Pasco, chercheur à la FRS, et Gérard Brachet, ancien directeur général du CNES et surtout représentant de la France au sein du GGE dont le rapport a été adopté par l’AGNU en décembre 2013. Voir Rajeswari Pillai Rajagopalan et Daniel A. Porras (eds.), Awaiting Launch: Perspectives on the Draft ICoC for Outer Space Activities (avril 2014). Disponible gratuitement au format pdf. Voir aussi les articles publiés sur The Space Review par deux des contributeurs, Peter Garretson et Michael Listner.

Image : Getty







mercredi 16 avril 2014

« Pourquoi l’Amérique nous espionne »

Olivier Chopin, chercheur à l’EHESS, enseignant à Sciences Po Paris et spécialiste des services de renseignement, nous livrera l’état de sa réflexion, demain soir, au café stratégique de l’Alliance géostratégique. L’occasion, comme le veut l’esprit AGS, d’écouter, débattre, questionner, bref de prendre du recul (sans oublier le verre svp !) et d’oublier les commentaires journalistico-politiques trop souvent naïfs et facilement indignés.
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dimanche 6 avril 2014

L’espace face à la situation en Ukraine, otage ou victime collatérale ?

Quatre jours après la décision prise par la NASA de mettre un terme à la « majorité » de ses relations avec le gouvernement de Russie à l’exception précisément de la « majorité » d’entre elles – soit celles prenant place dans le cadre de la station spatiale internationale –, il persiste un certain flou. C’est du moins ce que j’ai essayé de soutenir dans un papier rédigé sur le sujet à la demande de The Conversation. Non seulement cette annonce en demi-teinte est, cela va sans dire, peu susceptible d’infléchir à elle seule la politique russe à l’égard de l’Ukraine : les représentants russes ne s’y sont pas trompés, eux qui ont réagi de manière sarcastique au message de l’agence américaine. Mais l’appel de mobilisation lui-même, lancé de manière très explicite – voire un peu trop si l’on croit les commentaires – au Congrès américain par Charlie Bolden et ses collègues, a toutes les chances de tomber dans l’oreille d’un sourd tant les membres des deux chambres sont notoirement sceptiques à l’égard du programme des vols commerciaux habités qu’ils voudraient réduire et non amplifier, ralentir et non accélérer.

Non pas que l’affaire ne soit pas sérieuse. Le fait que cette décision ait été fuitée avant d’être officiellement confirmée par la NASA ne l’illustre que trop bien. Il est par ailleurs révélateur que l’annonce officielle – publiée assez étrangement sur le compte Google+ de l’agence et relayée via Twitter plutôt que par un communiqué de presse – soit finalement dirigée en direction moins du peuple Américain pour expliquer pourquoi la crise ukrainienne doit nécessairement avoir ce genre d’impact sur les relations spatiales entre leur pays et la Russie que des membres du Congrès chargés d’examiner la requête budgétaire de la NASA pour l’année fiscale 2015. D’autant plus qu’il est permis de se demander si les alliés des Etats-Unis se rallieront aux sanctions américaines préconisées par la NASA dans le domaine spatial civil cependant que le commandement suprême des forces alliées de l’OTAN a annoncé la suspension de toutes les activités civiles et militaires de coopération avec la Russie. Il semblerait que non. Il n’est pas innocent non plus si l’on a assisté depuis l’annonce officielle à un rétropédalage de la part aussi bien de la NASA que de l’administration Obama. C’est ainsi que, selon Bolden lui-même, la prochaine réunion du COSPAR, organisée à Moscou, ne sera pas a priori concernée par la nouvelle politique.

En effet, le risque n’est pas négligeable que ces sanctions, qui sont très similaires à celles qui limitent les interactions entre la NASA et la Chine, puissent entraîner des représailles. La probabilité pour que cela se produise est évidemment extrêmement faible étant donné que Roscosmos, l’équivalent russe de la NASA, est incapable d’exploiter la station spatiale sans l’aide des Américains. Mais un tel scénario est moins farfelu qu’il n’y paraît si l’on envisage le problème sous l’angle du moindre intérêt que la Russie pourrait éprouver demain à l’égard de la station – ou du programme post-ISS. L’ISS est après tout le fruit du partenariat d’après-guerre froide envisagé avec la Russie par l’administration Clinton dans le cadre de sa stratégie d’« engagement and enlargement ». Pour être relativement équilibrés, les termes de l’accord n’en sont pas moins parus humiliants pour la nouvelle Russie qui a dû prendre la décision difficile et ô combien déchirante de désorbiter la vieille station Mir. Or même si la NASA et l’agence européenne sont les premières à dire que l’assemblage de l’ISS est terminé, cela n’est pas entièrement vrai : la Russie doit encore envoyer en orbite le Multipurpose Laboratory Module (MTsM/MLM) Nauka en 2015 et a prévu de lancer plusieurs autres modules d’ici la fin de la décennie.

Deux choses en conclusion :

1) si l’histoire a montré quelque chose, c’est qu’en matière de coopération spatiale, il est plus facile de défaire que de faire, de faire marche arrière que d’aller de l’avant. A noter ici que Susan Eisenhower, petite-fille de l’ancien président des Etats-Unis, a été invitée par le Sénat américain le 9 avril prochain pour parler d’exploration spatiale à un moment où « troubled U.S.-Russia relations, alternative mission destinations, and a strengthening Chinese space program may complicate international cooperation ». Il ne sera sans doute pas inutile d’entendre ce qu’elle et son époux, Roald Sadgéev, ancien directeur de l’Institut de recherche spatiale de l’Académie des sciences de Russie, ont à dire sur la situation actuelle.

 2) On rappellera également que l’espace n’existe en tant qu’activité autonome que dans les limites définies par les nations qui l’utilisent pour mieux affirmer leur statut et leur souveraineté ici sur Terre. Aussi dépend-il moins de sa valeur intrinsèque que de sa capacité à entrer en résonance avec une politique particulière chargée de lui donner du sens. Ce qui est vrai pour les Etats-Unis où l’espace est le fruit d’une construction négociée entre la Maison blanche et le Capitole l’est aussi pour les autres pays. L’ISS est un bien de club et à ce titre un bien dont la possession est apprécié de tous ses membres, mais un bien de club sous leadership américain malgré tout. Cela n’a sans doute pas échappé à la Russie de Poutine...

Credits : NASA




mardi 11 mars 2014

« Les militaires dans les médias »

Bénédicte Chéron, chercheur partenaire de l’IRICE, nous fait l’honneur de venir débattre des « militaires dans les médias » à l’occasion de la 33e édition des cafés stratégiques d’AGS. Rendez-vous jeudi, 19h, au café Le Concorde.
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vendredi 14 février 2014

La gouvernance de l’orbite géostationnaire et du spectre radioélectrique face au brouillage


Le programme Espace de l’Institut français de relations internationales (Ifri), à l’origine notamment de nombreuses notes sur la gouvernance spatiale européenne, a publié voilà quelques jours un rapport collectif en anglais sur la gouvernance de l’orbite géostationnaire et des ressources associées réunissant plusieurs experts et universitaires reconnus, de même que des représentants d’autorités de régulation nationale et internationale et des grands opérateurs satellitaires. Le thème est d’actualité au vu des interférences nombreuses, à la fois intentionnelles et accidentelles, dont sont victimes les satellites en orbite : une évolution qui concerne naturellement de près la France et l’Europe où sont installés trois voire quatre des plus grands opérateurs commerciaux de la planète. Il est néanmoins complexe, ne serait-ce que parce que pas moins de deux régimes sont impliqués (liberté de circulation de l’information et régulation de l’orbite et du spectre) dans un secteur des télécommunications lui-même en redéfinition (services spatiaux et services terrestres et montée continuelle en fréquence). 

Résumé bilingue :

Un nombre sans cesse croissant d’acteurs ont accès à l’espace et bénéficient des avantages induits par son utilisation, notamment dans le secteur des télécommunications. Mais cette tendance confirme aussi une réalité qui se fait de plus en plus pressante : il ne saurait y avoir de développement significatif des activités spatiales sans un environnement maîtrisé et exempt de brouillages, seul à même de garantir un accès durable aux fréquences radioélectriques et aux positions sur l’orbite géostationnaire dont dépendent les satellites pour leur exploitation. Or la multiplication ces dernières années des cas de brouillages préjudiciables, notamment des interférences délibérées dont le but explicite est d’empêcher la diffusion d’une certaine information et contre lesquelles aucune solution technique efficace n’est encore connue à ce jour, est précisément en train de remettre en cause cette nécessité physique. L’Union internationale des télécommunications (UIT) qui est chargée d’assurer l’utilisation rationnelle, équitable, efficace et économique des fréquences et positions orbitales est ainsi, malgré elle, devenue un terrain de confrontation permanent entre intérêts opposés. Cette agence spécialisée des Nations Unies a désormais de plus en plus de difficultés à se soustraire aux questions politiques de portée plus générale qui l’assaillent quasi-quotidiennement. […]

 Outer space, particularly in the telecommunication sector, is benefiting and becoming accessible to more and more actors. But with this trend comes also a reality that is every day more compelling: no meaningful development can be achieved without a clear, stable and predictable interference-free environment for the use and control of all satellites that depend upon ready access to radio frequencies and appropriate geostationary orbital slots to function properly. The increasing incidence of harmful interference these recent years, including intentional ones implying a deliberate purpose to obstruct reception of specific information against which no technical efficient counter measure exists, is putting in danger this capacity to continue operating safely. Despite itself, the International Telecommunication Union (ITU) in charge of the rational, equitable, efficient and economical management of the orbit spectrum resource is increasingly becoming a permanent battlefield between opposing interests. And the ability of this specialized agency of the United Nations to remain aloof from broader political issues is now being challenged on a regular basis. […]

Pour accéder gratuitement à la publication : « Governing the Geostationary Orbit: Orbital Slots and Spectrum Use in an Era ofInterference », Note de l’Ifri, janvier 2014, 90p.