jeudi 1 janvier 2015

« Merci l’Europe spatiale. Vous avez sauvé 2014… »

Certes, les choses auraient pu être pires, surtout au vu des événements qui se sont déroulés voilà 100 ans, mais 2014 n’aura pas non plus été l’année la plus encourageante de l’histoire récente surtout ici en Europe. Les périls s’accumulent aux frontières du continent sans qu’une réponse ferme et unie des Européens ne paraisse possible. La zone euro est à la traîne de l’économie mondiale. Un peu partout, l’heure semble au repli national alors que l’Union européenne échoue à gagner les cœurs et les esprits. Bref, au moment où plane le spectre du déclin, la tentation est grande de chercher un exemple de « l’Europe qui marche » pour s’y accrocher comme on le ferait d’une bouée de sauvetage. Or ces derniers mois ont montré que le spatial européen pouvait être un porte-drapeau aussi prometteur qu’efficace. Au risque de faire une comparaison audacieuse, toute proportion gardée, tout se passe en effet comme si, à en croire certaines déclarations, l’Europe de l’espace – qui fêtait ses cinquante ans – avait protégé 2014 du désastre anticipé de la même façon que la mission Apollo 8 avait « saved 1968 » et permis de finir une année très éprouvante pour l’Amérique sur une note positive voire triomphante.

On ne compte plus, s’il était besoin de s’en persuader, les références à l’exploit accompli par la sonde Rosetta et son petit atterrisseur Philae – au point d’ailleurs qu’il figure dans la plupart des rétrospectives que chaque fin d’année voit surgir par dizaines. « We are the first to have done that and that will stay forever » avait lancé avec fierté Jean-Jacques Dordain, directeur général de l’Agence spatiale européenne. Le programme Copernicus d’observation de la Terre, anciennement GMES, est enfin en orbite et Sentinel 1 a participé à une autre première mondiale : faire la démonstration d’un système de communication à très haut débit par liens optiques laser. Même Galileo, dont le fiasco de l’été dernier était apparu a posteriori comme une fin logique à la mesure de son histoire tortueuse, est devenu la preuve que les Européens sont capables de rebondir et de faire d’un échec un grand succès d’ingénierie. Alexandre Gerst, de retour sur Terre depuis le 11 novembre, a été remplacé à bord de l’ISS par Samantha Cristoforetti. Avec 15 milliards d’euros de backlogs dont la très attendue Ariane 6, l’ESA peut envisager l’avenir avec sérénité. La ministérielle de Luxembourg, dont l’effort financier exceptionnel consenti par les Etats membres pourra étonner plus d’un dans le contexte contraint actuel, aura démontré que, loin de constituer un pari risqué, investir dans l’espace offre au contraire la perspective d’importants retours sur investissement.

Il s’agit là d’un premier niveau de lecture. Un deuxième est de constater la grande confusion qui règne lorsque, chaque acteur étant désireux de tirer la couverture à soi, il s’efforce de parler au nom de « l’Europe spatiale » sans être très clair sur ce qu’il entend par là. C’est ainsi que l’espace s’est retrouvé plus ou moins consciemment mis à contribution et appelé à la rescousse du projet européen. Mais d’autres le disent ou le diront mieux que moi. Un troisième niveau de lecture, qui est lié au précédent mais s’avère aussi à mon sens plus riche en implications, est que, lanceur de nouvelle génération oblige, ces deux dernières années – et l’organisation de la dernière conférence ministérielle surtout – ont forcé les Européens à se poser enfin les vraies questions sur ce qu’ils voulaient faire dans l’espace et pourquoi ils voulaient le faire. L’interrogation est d’importance et elle dépasse le cadre strictement spatial pour aborder le problème de comment l’Europe se pense en tant que puissance non seulement spatiale mais aussi en tant que puissance tout court, questionnement qui jusque là avait tendance à être surtout français. Tout un programme pour les quinze prochaines années

Bonne année 2015 à toutes et à tous et à bientôt sur de la Terre à la Lune !



Image : ESA/Rosetta/MPS 




jeudi 18 décembre 2014

L’espace des think tanks (décembre 2014)

View of astronaut Shannon Lucid reading a St. Petersburg paper in the Mir space station Base Block.
Cette rubrique, qui en est à sa deuxième édition, se donne pour objectif la présentation de travaux dexpertise issus de think tanks et organisations assimilées (l’échantillon est volontairement large) sur les questions de politique spatiale. La règle de base est de citer parmi l’ensemble des publications dites « Espace » celles qui sont disponibles gratuitement en ligne pour téléchargement.

Au menu du dernier semestre donc, la parution tout d’abord au Smithsonian Institution Scholarly Press d’un ouvrage sur le télescope Hubble au titre qui en dit long : Hubble’s Legacy: Reflections by Those Who Dreamed It, Built It, and Observed the Universe with It, sous la direction des Roger D. Launius et David DeVorkin (août 2014). Toujours prolifique, Roger Launius est également l’auteur d’une monographie remarquée qu’il consacre aux fameux partenariats public-privé très à la mode aujourd’hui. Réalisé sur le modèle du classique The Railroad and the Space Program: An Exploration in Historical Analogy (Bruce Mazlish éd., Cambrige, MIT Press, 1965) qui sert d’ailleurs de cadre de référence à l’une des six études de cas explorées, Historical Analogs for the Stimulation of Space Commerce (juillet 2014) conclut que le vol habité – étude réalisée sur commande de la NASA oblige – n’a d’avenir qu’à travers le développement des activités commerciales et le recours, au moins partiel, aux acteurs privés.

Du côté des revues, on signalera la publication d’un numéro spécial de Penser les ailes françaises dédié à l’espace (mai 2014). L’occasion pour le CESA d’inviter une dizaine d’experts/acteurs à présenter leur avis sur plusieurs thèmes majeurs parmi lesquels la politique spatiale française, l’espace et les relations internationales, l’espace au service des opérations militaires, ainsi que les retombées économiques de l’activité spatiale. Le lecteur curieux ne manquera pas de compléter cette lecture par le visionnage de la demi-journée d’études que la FRS a organisé au lendemain des décisions prises lors de la Conférence Ministérielle de l’ESA, le 12 décembre dernier, sur le thème de la « politique spatiale française à l’horizon 2030 ».

Et s’il n’a pas peur de poursuivre en langue anglaise, il pourra aussi parcourir : 1) la vidéo suivante de la table ronde « Space Security » présidée par Xavier Pasco lors de l’IAC 2014 à Toronto (octobre 2014) en attendant le dossier spécial que lui consacrera bientôt la revue Space Policy ; 2) les études que l’Ifri et l’ESPI ont consacré à la question de la gouvernance de l’espace à travers respectivement l’analyse de la régulation de l’orbite géostationnaire et des fréquences associées dans le contexte particulier de l’UIT (octobre 2014) et sa prise en compte tant théorique que pratique dans un contexte plus général (septembre 2014) ; 3) le dernier rapport du forum Espace de l’OCDE qui est devenu en quelques années une référence incontournable pour qui s’intéresse au « panorama économique du secteur spatial » (octobre 2014 pour la version anglaise, version française à venir) et son complément naturel qui est le rapport SPIT à la fois politique et économique que l’ESPI publie régulièrement et qui fait son retour ce mois-ci après deux ans d’absence (décembre 2014).

Image : NASA






jeudi 11 décembre 2014

Entretien : Où en est-on de l’Europe spatiale ?

Cet entretien a été réalisé par Florent de Saint-Victor du blog Mars Attaque en collaboration avec l’équipe d’Ultima Ratio. Il a été publié simultanément sur les deux plateformes. Merci aux interviewers !

A l’objectif pour l’Europe "d’autonomie dans l’espace", vous préférez celui de "maîtrise de l’espace". En quoi cette distinction permet de donner l’orientation nécessaire pour mener les futurs efforts nécessaires ?

Permettez-moi tout d’abord de rappeler que plusieurs logiques guident l’effort de l’Europe spatiale et l’autonomie n’est pas nécessairement celle qui est la plus souvent mise en avant ou la plus à même de mobiliser. Elle n’est pas non plus la première historiquement puisque c’est à la recherche scientifique que la première agence spatiale européenne, l’ESRO, constituée il y a exactement cinquante ans sur le modèle du CERN, était consacrée. Ce n’est pas un hasard si l’organisation qui lui a succédé en 1975 sous le nom de l’ESA s’est construite autour d’un programme scientifique obligatoire qui est considéré de ce fait comme la colonne vertébrale soutenant tout l’ensemble.

Vous avez toutefois raison de sous-entendre que l’objectif d’autonomie a joué un rôle essentiel dans la construction du spatial en Europe. Ainsi, le succès de la sonde Rosetta ne montre pas seulement que l’Agence spatiale européenne est capable de grandes prouesses en tant que structure dédiée à la coopération scientifique et technologique, il est aussi la preuve que les Européens qui ont beaucoup souffert par le passé des revirements à répétition de la NASA n’ont pas besoin d’aide pour être ambitieux et peuvent, grâce notamment au programme Ariane, explorer seuls l’univers. Aussi « l’autonomie » émerge-t-elle assez naturellement comme le principe politique fondateur sans lequel l’édification d’une politique spatiale digne de ce nom ne serait pas possible.

Mais elle n’en reste pas moins, pour revenir à votre question, un concept négatif défini comme l’absence de contrainte et d’interférence de la part d’Etats alliés ou adversaires. Ce qui, dans un monde où les relations internationales spatiales sont depuis pratiquement l’origine organisées autour de la puissance américaine, permet certes d’identifier les Etats-Unis comme étant historiquement ceux vis-à-vis desquels l’Europe est la plus susceptible d’apparaître en position de dépendance, mais n’offre en retour aucune instruction précise sur la direction à prendre ou les écueils à éviter. La volonté seule a pu suffire lorsque l’enjeu principal était de créer (tout le discours autour de la France puis de l’Europe comme « troisième puissance spatiale » part du refus de laisser cette dépendance dépasser un certain seuil intolérable). Aujourd’hui que l’Europe spatiale existe, le but a toutefois changé : il est maintenant de consolider, de pérenniser et de dynamiser.

Or, faute de pouvoir reproduire l’effort spatial massif et tous azimuts accompli outre-Atlantique et de plus en plus ailleurs, les Européens doivent distinguer, parmi les actions du leader et des coureurs les plus avancés, celles qu’il convient de laisser de côté et celles sur lesquelles il s’agit au contraire de se concentrer. Sauf à accepter à terme la relégation dans une position de déclin irrémédiable, cette démarche ne peut pas se contenter d’initiatives désordonnées. Il faut une synthèse cohérente des enjeux soulevés par la technique spatiale et des priorités que l’Europe spatiale qui est plurielle par définition doit se donner. Tel est le rôle que j’attribue à la « maîtrise de l’espace ».

La maîtrise de l’espace – si l’on suit par exemple les documents de doctrine française – peut être décrite comme le continuum issu de la convergence de quatre facteurs clés, liés aussi bien à la puissance spatiale en tant que telle (capacité de lancement autonome, fabrication du satellite en toute indépendance, et contrôle et protection des différents segments garantissant la sécurité d’utilisation dans la durée), qu’à la notion plus récente de conservation de la liberté d’action consistant à « connaître, comprendre et contrôler ce qui se passe dans l’espace » (surveillance de la situation spatiale). Que l’impasse soit faite sur l’un d’eux et c’est l’édifice entier qui s’écroule. Notion intermédiaire mais positive, la maîtrise de l’espace incarnée dans un programme concret et cohérent apparaît ainsi comme une réponse adaptée aux défis de l’Europe spatiale au XXIe siècle.

Que nous apprend l’étude de cette maîtrise en construction à l’échelle européenne des questions de puissance, notamment de l’articulation Etat-marché, ou coopération-compétition ?  

L’autonomie, pour parler à nouveau d’elle, n’est pas un concept univoque en Europe. Le seuil de tolérance varie d’un pays à l’autre. On sait par exemple l’Allemagne plus pragmatique que la France dans le domaine des lanceurs que cette dernière aime à qualifier « de souveraineté ». Les exemples ne manquent pas : des télécommunications en passant par l’espace militaire et la navigation par satellite. L’endroit où sera placé le curseur diffère aussi selon les époques. Qu’il s’agisse de s’en féliciter ou au contraire de le déplorer, le fait est que le vol habité ne répond pas aujourd’hui en Europe à des considérations d’autonomie et les velléités d’indépendance de Paris dans ce domaine d’activité ont depuis longtemps été oubliées. Cette indifférence, nous le savons, n’est pas partagée par les autres puissances spatiales (Etats-Unis, Chine, Russie) qui font de la capacité à envoyer des hommes dans l’espace une priorité de leur politique spatiale. L’étude de la maîtrise de l’espace se doit donc de refléter, si elle veut être d’une quelconque utilité, aussi bien la spécificité que la pluralité d’une Europe spatiale qui est autant en être qu’en devenir, en acte qu’en puissance. C’est dans ce sens que je prétends que les questions qu’elle suscite sont aussi importantes sinon davantage que les réponses qu’elle apporte. Or, l’étude de ses conditions d’incarnation introduit en effet, comme votre question le laisse supposer, au moins deux problématiques.

Les rôles que doivent respectivement jouer les pouvoirs publics et le marché constituent l’une d’elles. La question du partage des responsabilités de chacun représente en effet une cause importante de tensions. On a bien vu avec le nouveau modèle de gouvernance d’Ariane 6 en quoi celles-ci pouvaient consister. L’accès européen à l’espace qui dépend pour sa survie des succès engrangés sur le marché international ne peut pas se permettre de laisser quiconque entamer sa domination commerciale sans réagir. En 2003, date de la décision d’implantation du Soyouz russe au centre spatial guyanais après 10 ans de coopération quasi-exclusive entre la Russie et les Etats-Unis, comme aujourd’hui avec l’arrivée de SpaceX, il s’agit d’empêcher l’Europe de subir un jeu international dont elle ne maîtriserait plus les règles. Toute la difficulté consiste ici à adapter la politique spatiale à deux dimensions temporelles différentes mais fondamentalement complémentaires : l’une courte qui laisse au privé en tant qu’acteur en prise directe avec le monde commercial le premier rôle dans la détermination des stratégies, l’autre plus lointaine qui redonne à l’Etat le sens de l’initiative et l’enjoint à aider et à guider l’industrie pour préserver l’avenir.

Une seconde problématique est celle posée par le maintien de l’autonomie nationale dans l’ensemble européen. Faut-il plus ou moins d’Europe ? Jusqu’à présent, l’Europe a toujours été considérée comme le moyen de concrétiser une ambition nationale. On le discerne bien à travers ce serpent de mer qu’est la préférence européenne en matière de lancements institutionnels et qu’Ariane 6 va une fois de plus essayer de mettre en place. La « coopération » est davantage envisagée comme un outil que comme une fin en soi et le recours à la « compétition » ne semble pas contradictoire. Ni l’ESA ni ses Etats membres (notamment les plus gros contributeurs) ne s’en sont jamais cachés comme l’illustrent le mode de financement, la pratique du « juste retour » géographique et jusqu’à la structure même de l’organisation divisée entre programme obligatoire et programme facultatif. Néanmoins, si le succès actuel de l’Europe spatiale ainsi que son dynamisme sont le fruit de ce compromis, celui-ci se heurte à l’idée que les Européens doivent évoluer vers toujours plus d’intégration et d’efficacité. En cela, l’intrusion perturbatrice de l’UE dans les relations jusqu’ici exclusives entre l’ESA et les Etats membres est révélatrice de la difficulté à trouver un nouvel équilibre qui satisfasse tout le monde.

Jusqu’à quel point le leadership décrit de la France sur les questions spatiales en Europe est un héritage qui doit s’adapter ?

La première adaptation, je viens de l’évoquer, est l’arrivée de la Commission dans le jeu spatial européen. Pour Paris, ce développement est bienvenu à plus d’un titre. D’un point de vue financier d’abord, cette convergence d’intérêts est heureuse : l’UE qui figure d’ores et déjà parmi les premiers contributeurs de l’ESA (623 millions d’euros en 2014) et ambitionne d’augmenter le poids de sa participation permet d’équilibrer les budgets en faible croissance des agences nationales et de l’ESA. S’agissant des mentalités ensuite, force est de reconnaître que rares jusqu’à présent ont été les nations en Europe à considérer l’espace comme un sujet politique à l’instar de la France. D’où le cachet « franco-français » qui lui souvent apposé. Le rôle donné à l’UE en matière spatiale par le Traité de Lisbonne a le grand mérite dans cette perspective de « politiser » l’espace au niveau européen en lui rendant ses lettres de noblesse stratégiques. La capacité qui est désormais celle de la Commission de s’emparer de dossiers pour les promouvoir sur la scène internationale (code de conduite des activités spatiales) et démarrer de nouveaux projets (les deux programmes amiraux que sont Galileo et Copernicus) offre des opportunités intéressantes dont certaines activités dites « de sécurité » pourraient par exemple essayer de tirer profit (surveillance de l’espace, télécommunications gouvernementales, etc.).

Mais le soutien de la France – de moins en moins unanime il est vrai – n’est pas tout, comme en témoignent les résistances d’un grand nombre d’acteurs européens pour qui l’UE ne s’est pas montrée à la hauteur de ses ambitions et des espoirs qui étaient placés en elle. On peut y voir le signe possible de deux autres changements majeurs auxquels le leadership français – incontesté depuis les années 1970 et le renoncement britannique à occuper un rôle de premier plan en matière d’espace – va devoir s’adapter :

1) L’ascension de l’Allemagne comme principale puissance spatiale européenne à parité avec la France est désormais une chose acquise : chacune des deux totalisent, en 2014, 22% du budget de l’ESA (hors partenaires institutionnels). L’avenir de l’Europe spatiale est donc plus que jamais entre les mains du couple franco-allemand et les résultats de la dernière ministérielle semble indiquer que les deux pays ont conscience de l’importance que joue ce co-leadership sur la stabilité et la sécurité des affaires spatiales européennes.

2) La montée en puissance d’autres pays est, elle aussi, confirmée. L’exemple le plus frappant est celui de la Grande-Bretagne qui, lors de la ministérielle de 2012, avait accepté d’augmenter sa contribution à l’ESA de 25% sur trois ans. Une annonce qui avait d’ailleurs été faite non par le ministre en charge de l’espace mais le chancelier de l’Échiquier sur la base des retours sur investissement attendus ! Il y a donc rééquilibrage autour de partenaires devenant plus égaux entre eux et qui sont porteurs de visions et de méthodes souvent différentes.

Selon le dernier Livre blanc, l’espace est un milieu d’égale importance aux autres milieux plus "traditionnels" : terre, air, mer ou encore cyber. Selon vous, ce statut est-il traduit à son juste niveau aujourd’hui ?

Beaucoup de chemin a en effet été parcouru dans l’utilisation de l’espace dans les opérations. L’espace n’est plus un sujet de controverse comme cela a pu être le cas par le passé lorsque s’opposaient ceux qui soutenaient que « savoir sans pouvoir est inutile » et ceux qui avançaient qu’aucune campagne militaire moderne ne pourrait être conduite sans renseignement de qualité. Je mets ici volontairement l’accent sur l’espace tactico-opératif car c’est finalement lui qui apparaît comme le grand bénéficiaire des efforts décidés par la France dans le domaine du spatial militaire depuis le Livre blanc de 2008 et l’instauration deux ans plus tard du Commandement Interarmées de l’Espace (CIE). La majorité de l’imagerie collectée aujourd’hui sert ainsi à la préparation des missions et à l’emploi des forces, à la constitution des dossiers de ciblage et aux échanges avec les partenaires plutôt qu’au renseignement stratégique. Alors certes, l’heure est aux économies et l’espace a dû comme d’autres faire le deuil de certaines capacités à l’image de l’alerte avancée qui avait été théoriquement décidée en 2008 ! Reste que pas moins de 10 nouveaux satellites à vocation militaire seront lancés dans les prochaines années pour un total de 2,5 milliards d’euros. Bien qu’avec un petit de retard sur le calendrier et des modalités qui restent à définir, Hélios 2 et Syracuse 3 auront bien leur successeur (CSO/Syracuse 4). Et même CERES, pour le renseignement électromagnétique, qui avait été plusieurs fois reportée, est annoncée pour 2020-2021. Cet effort est unique en Europe. Le défi à ce stade reste bien évidemment celui de l’européanisation de l’espace militaire qui a du mal à se concrétiser en dépit de quelques initiatives ponctuelles. Son développement dans le cadre de l’UE suscite par exemple l’espoir pour la surveillance de l’espace (SSA) placée sous perfusion dans l’actuelle LPM. Force est néanmoins de constater que la coopération militaire ne rencontre pas le même succès que la coopération civile dont les questions précédentes ne sont faites l’écho. 




jeudi 20 novembre 2014

L'UIT et l’utilisation de la ressource orbite/spectre au XXIe siècle

L’Union internationale des télécommunications (UIT) en charge notamment de l’attribution des fréquences radioélectriques et des orbites de satellite fait-elle son âge ? 150 ans après la création de ce qui fut d’abord l’Union internationale du télégraphe avant de devenir l’institution spécialisée des Nations Unies pour les technologies de l’information et de la communication, la question ne paraît pas totalement déplacée. Tel semble du moins être l’avis de ce petit ouvrage paru au mois de mai de cette année chez Springer dans la collection (excessivement chère !) Springerbriefs in Space Development dirigée par Joseph Pelton. Car pour son auteur, Audrey L. Allison – juriste en charge de la gestion du spectre chez Boeing et habituée des grandes rencontres internationales de l’Union en tant que membre régulier de la délégation américaine –, la longévité exceptionnelle de l’UIT est certes la preuve d’une grande flexibilité et réactivité mais elle signifie aussi que l’organisation doit sans arrêt faire ses preuves et démontrer qu’elle reste compétente et surtout pertinente face à des besoins en constante évolution et en expansion irrésistible.

La tâche est d’autant moins facile qu’avec le temps l’Union a dû apprendre à vivre avec une source potentielle de contradiction inscrite (depuis 1971) dans son ADN même : sa mission s’agissant des services satellitaires étant à la fois de promouvoir l’accès équitable aux positions orbitales et aux ressources spectrales associées et de garantir leur exploitation rationnelle, efficace et économique. Cette tension – déterminante si l’on en croit Allison – est apparue au corps défendant de l’UIT qui, par tradition, a tendance à se voir comme un forum de discussion neutre où chacune des décisions est prise par consensus sur la base de considérations techniques voire « scientifiques ». Mais lorsque l’Union a intégré dans le giron de ses activités les télécommunications spatiales, elle n’a eu d’autre choix que de prendre en compte les normes et principes alors négociés au sein du COPUOS des NU et confirmés ensuite par le Traité de l’Espace de 1967 qui stipule que l’espace est « l’apanage de l’humanité toute entière ». Deux systèmes régissent ainsi la ressource jumelle orbite/spectre : le système classique du premier occupant (first come, first served) qui par définition privilégie les puissances installées et s’apparente donc à une « coordination entre riches », et celui plus inédit de la planification a priori établie afin de réserver certaines positions à des Etats qui n’ont pas la capacité actuelle d’utiliser les ressources de l’espace.

L’objet du livre est ainsi de décrire comment l’Union s’est efforcée de maintenir un équilibre par nature précaire entre l’objectif d’équité et celui d’efficacité. Or, de ce double point de vue, force est de reconnaître que ces dernières années ont été particulièrement dures pour l’UIT qui est en quelque sorte victime de son succès, soumise qu’elle est désormais au risque grandissant de saturation des orbites et donc de pénurie. En cause, 1) une industrie des télécommunications spatiales très dynamique à la croissance et au développement de laquelle elle a grandement contribué, et 2) des sollicitations de plus en plus nombreuses et pressées de la part de nouveaux pays cherchant à accéder à leur tour à ces ressources stratégiques disponibles seulement en quantité limitée et par ailleurs vulnérables aux interférences. Particulièrement symptomatique selon Audrey Allison est la prolifération des « satellites de papier », terme utilisé pour qualifier la pratique endémique consistant à réserver des positions sans véritablement avoir l’intention de les utiliser, que ce soit par peur de manquer de place, pour maximiser ces chances de s’en voir attribué au moins une, gêner la concurrence et/ou pour des raisons spéculatives. Aussi consacre-t-elle le restant de l’ouvrage à sa résolution progressive, incrémentale et souvent indirecte des années 1990 à la dernière Conférence mondiale des radiocommunications de 2012.

La thèse d’une UIT mutante ou caméléon s’adaptant avec succès aux besoins croissants d’utilisateurs de plus en plus variés n’est pas particulièrement originale. Elle ne fait en effet que refléter le discours dominant au sein de l’Union. En focalisant sur les aspects techniques, l’auteur – tout comme d’autres ingénieurs ou juristes l’ayant précédés dans cette tâche – ignore plus ou moins volontairement certains obstacles « politiques » sous prétexte qu’ils sont par leur nature même étrangers au sujet qui la préoccupe (Israël/Palestine par exemple). Or, sans aller jusque là, il n’aurait à mon sens pas été totalement inapproprié de resituer l’action de l’UIT dans le contexte plus général de la réforme de l’ONU et du Conseil de sécurité. La « tragédie de la dépossession », pour reprendre une expression employée ailleurs pour décrire les revendications des nouveaux entrants, n’est pas propre aux relations internationales terrestres apprend-on. Et pourtant le fait qu’elle continue à être reléguée à l’arrière-plan sous couvert qu’elle n’est pas entièrement pertinente dans le contexte de l’Union relève d’un choix politique qui n’est pas suffisamment pris en compte dans cet ouvrage. L’auteur ne se serait pas permis de gratifier l’organisation de grande réussite dans sa conclusion si cela avait été le cas. Qu’il s’agisse de le déplorer ou de s’en féliciter, l’avenir de l’UIT en tant que manager des ressources spatiales au XXIe siècle est en réalité beaucoup plus ouvert que cela n’est indiqué.

Cette thèse mérite néanmoins d’être connue de ceux pour qui la question est nouvelle et à l’heure où le débat sur le futur de la gouvernance d’internet jette le trouble sur le rôle exact de l’UIT et pousse certains parmi ses plus grands contributeurs à s’interroger sur son utilité. Sans doute n’est-il donc pas superflu de rappeler combien l’Union joue du seul fait de son existence un rôle unique et vital bien que rarement souligné par les médias dans la gestion des ressources mondiales nécessaires au bon fonctionnement des satellites de télécommunication. Originalité ou non, abondance ne nuit pas et ce d’autant que le fil conducteur (équité vs. efficacité) qui est déroulé par l’auteur permet de mettre utilement – quoique malheureusement trop brièvement faute de place et peut-être aussi de manière partiale comme je l’ai dit – en lumière les enjeux des discussions et les positions des différents acteurs lors des dernières grandes rencontres (CMR 2012) et en anticipation des suivantes (PP 2014 qui s’est achevée au début du mois et CMR 2015).






jeudi 13 novembre 2014

L’espace et les régions

L’espace des régions ne se limite pas seulement aux infrastructures implantées localement. Il concerne aussi le domaine des applications spatiales et des services à haute valeur ajoutée associés à l’espace, bref cet « espace au quotidien » utilisé – souvent sans le savoir – par tout un chacun et au développement duquel les acteurs publics sont de plus en plus appelés à participer. Tel est en tout cas le message situé au cœur de Toulouse Midi-Pyrénées et l’Espace, un « book-magazine » bilingue français-anglais paru le mois dernier qui « associe le sérieux d’un ouvrage scientifique et la présentation attrayante d’un magazine, posant un regard original sur l’expertise de notre région, et donnant la parole à des intervenants très variés ». Au-delà de l’exemple toulousain qui occupe du fait de sa relation privilégiée avec le spatial une place unique en France et en Europe, l’ouvrage suggère que les régions se sont aujourd’hui très largement emparées de l’espace. Et c’est tant mieux, peut-on conclure à la lecture des 170 pages de textes et d’illustrations, car elles l’ont fait aussi bien pour le bénéfice de leurs entreprises et de leurs administrés (les « petits et moyens » usagers) que pour celui du reste du monde avec lequel elles interagissent et du secteur spatial tout entier auquel elles offrent de nouveaux débouchés économiques et des promesses de croissance et de maturité.

Ce rapprochement entre le spatial et les territoires semble naturel mais il est néanmoins récent. Et pour cause, il y a encore peu, mis à part les télécoms, rares étaient les applications opérationnelles disponibles en dehors du cadre par définition limité de la science et de la défense/renseignement. Trois grands domaines contribuent aujourd’hui directement à l’appropriation quotidienne de la technologie spatiale par les régions. Il s’agit des télécommunications avec notamment les applications de télédiffusion (couverture des zones blanches) et de télémédecine (consultation à distance) ; de la géolocalisation autour de laquelle de nombreux projets d’applications gravitent comme par exemple les transports publics, l’agriculture responsable, la collecte des déchets ou encore la gestion du trafic aérien ; et de l’imagerie avec toutes les applications imaginables pour permettre la gestion durable des ressources (gestion de l’eau, optimisation de l’utilisation des intrants en agriculture, développement urbain, etc.) ou la prévention et la prévision des risques (catastrophes majeures, changement climatique, etc.). 

Ensuite, si les applications sont désormais de plus en plus nombreuses à s’adresser directement au grand public avec des retombées en majorité régionale, la gouvernance politique, elle, n’a pas changé. Les capacités sont de fait restées européennes et nationales. Une difficulté constante est ainsi de mettre en relation les fournisseurs de services (la « famille spatiale », terme restrictif et synonyme trop souvent d’« entre-soi ») avec la « société », les utilisateurs dont l’expression des besoins n’est pas toujours prise en compte lorsqu’elle n’est pas simplement découragée par une politique d’accès aux données et une réglementation peu claires. Or, l’enjeu est d’importance à en juger par la menace grandissante que les acteurs européens voient émerger outre-Atlantique à travers Google (Skybox Imaging) et ses affiliés (G)AFAM et plus largement les nouvelles start-up de la Sillicon Valley. GMES/Copernicus pour l’observation de la Terre devrait ainsi être l’occasion de tester de nouveaux mécanismes de gouvernance plus favorables au développement des applications.

Les choses évoluent donc – et cet ouvrage l’illustre de manière éloquente. Si les régions et Midi-Pyrénées en tête ont assimilé qu’elles avaient un grand besoin d’espace, elles ont aussi compris qu’il fallait qu’elles se donnent les moyens de leurs ambitions et qu’elles fassent connaître elles-mêmes leur expertise (financements européens) et leur potentiel (débouchés, ressources humaines, tissu performant de PME). Le réseau NEREUS, qui rassemble 35 régions européennes et 35 membres associés (industriels, opérateurs, universitaires, etc.), montre cette capacité des applications spatiales de fédérer les régions. Peuvent aussi en témoigner des initiatives plus localisées de partenariats entre investisseurs et utilisateurs comme par exemple l’ESA BIC Sud France, InSpace, le pôle de compétitivité Aerospace Valley, Toulouse Montaudran Aérospace, le Toulouse Space Show ou encore la Chaire Sirius.



L’espace des régions est en marche : dernier avatar de « l’espace pour tous » et preuve que la vision dont il est porteur est capable d’évoluer tout en préservant sa capacité d’évocation et de mobilisation ?

Merci à A. S. D. 




jeudi 30 octobre 2014

Arms Control in Space : conditions et chances d’apparition d’un contrôle des armes spatiales

Dans cet ouvrage excellent, tiré de sa thèse défendue à l’université Eberhard Karl de Tübingen, Max Mutschler se donne l’objectif de combler une lacune persistante. Quoique la littérature portant sur l’arsenalisation de l’espace et par extension le contrôle des armements dans l’espace soit très développée, elle reste aujourd’hui encore très largement dominée par une analyse experte à vocation prescriptive dont les auteurs usent et abusent pour défendre le pour ou le contre des armes spatiales lorsqu’ils ne cherchent pas à définir une impossible via media. Et parce que les Etats-Unis sont la principale nation utilisatrice de la technologie spatiale, le débat sur l’arsenalisation de l’espace a pour autre caractéristique d’être organisé essentiellement autour des enjeux américains. Autrement dit, le contrôle des armements dans l’espace n’est jamais étudié en tant que variable dépendante ou expliquée mais toujours discuté sous l’angle de son impact sur la sécurité des Etats sinon du plus puissant d’entre eux. La question de savoir sous quelles conditions un contrôle des armements dans l’espace peut être négocié et devenir réalité n’est que rarement abordée.

Trois arguments développés en autant de chapitres méthodologique, théorique et empirique réussissent d’emblée à séparer avantageusement Arms Control in Space des travaux de ses prédécesseurs. Le premier d’entre eux consiste à caractériser et définir correctement le problème. Pour l’auteur, la spécificité du contrôle des armements dans l’espace se résume principalement à deux contraintes. 1) Malgré une forte demande en faveur de l’instauration d’un régime, les armes spatiales n’ont fait l’objet jusqu’à présent d’aucun accord multilatéral entre Etats. Il est dès lors approprié, si l’on veut être précis quant aux enjeux qui sont posés, de parler non pas de régime mais de « non-régime » du contrôle des armements dans l’espace (nonregime of arms control in space). 2) Autre particularité, bien que plusieurs tests d’armes spatiales aient eu lieu par le passé, le triple seuil de la production, de l’achat et du déploiement effectif n’a pas encore été franchi. Le contrôle des armements ne peut donc pas être associé ici à une démarche de réduction voire d’interdiction d’armes déjà existantes, mais à une logique préventive (preventive arms control) qui le place tout de suite dans une catégorie spéciale. Et pour cause, si contrôle il doit y avoir – et tel est ce que l’auteur prétend sans que je m’y attarde plus longuement –, celui-ci doit s’établir dans la première phase du cycle de vie des armes qui va de la recherche et développement au test en conditions réelles.

Le second argument développe un cadre d’analyse théorique duquel pourront être déduites trois approches complémentaires sur les conditions d’établissement de régimes internationaux de contrôle d’armement préventif. Tirant parti moins du goût renouvelé pour l’éclectisme que de la reformulation de la discipline autour d’un paradigme hégémonique, l’auteur soutient en effet que seule l’étude conjointe des trois variables centrales associées traditionnellement aux théories dominantes des Relations Internationales pourront permettre de développer une explication complète du phénomène étudié : l’intérêt cher au (néo-)libéralisme, la puissance mise en avant par les (néo-)réalistes et la compréhension partagée du constructivisme soft (ou cognitivisme). Trois conditions ou hypothèses d’apparition d’un régime de contrôle d’armement préventif se dessinent alors : 1) lorsque la situation ressemble à celle du dilemme du prisonnier par opposition à celle de l’impasse, et que le test d’une arme peut être vérifié ; 2) lorsque les gains liés à l’acquisition et au contrôle de cette arme sont distribués de manière égale, c’est-à-dire lorsque les Etats sur le point de conclure un accord sont grosso modo au même stade technologique ; 3) lorsque les Etats sont tous autant que les autres convaincus que le contrôle des armements est plus avantageux du point de vue de leur sécurité que l’armement unilatéral, interdépendance oblige.

Le troisième et dernier argument est de nature empirique. Même si l’étude se donne pour objectif de mettre en avant les conditions nécessaires à l’émergence d’un contrôle des armements dans l’espace, l’auteur soutient que pour ce faire il lui est d’abord nécessaire d’établir une comparaison avec les ABM, un exemple réussi quoique aujourd’hui disparu de régime international de contrôle préventif des armements. Les raisons d’un tel choix sont liées aussi bien à la variance de la variable dépendante (régime/non-régime) qu’à la certitude que les trois variables étudiées partageront des caractéristiques similaires puisque les deux types d’armes sont proches d’un point de vue technologique. Dès lors, si l’émergence du régime ABM tel que formulé autour du traité du même nom peut être analysée à travers la résolution progressive de certains problèmes d’action collective (vérification du respect des obligations de chacun grâce aux « moyens techniques nationaux » que sont les satellites), ce n’est qu’en étudiant tour à tour les deux autres variables de la puissance (avantage compétitif des Etats-Unis expliquant l’accord des Soviétiques) et surtout de la connaissance partagée (réalisation du danger représenté par les ABM du point de vue de la stabilité nucléaire aux Etats-Unis et diffusion informelle en URSS à travers les réseaux d’experts) que l’on obtient un tableau complet de la situation.

Comment alors expliquer l’impasse actuelle qui caractérise les négociations sur le contrôle des armements dans l’espace ? Comment se fait-il par exemple que les Etats-Unis, puissance rendue de loin la plus dépendante des satellites, se soient refusés à signer – et ce encore récemment – le traité défendu par la Chine et la Russie visant à interdire « le placement d’armes dans l’espace et la menace ou l’usage de la force contre des objets extra-atmosphériques » sans autre forme de procès et surtout sans même essayer de contrer une telle initiative par une proposition plus proche de leurs intérêts empêchant le déploiement et le test d’armes cinétiques à ascension directe (hit-to-kill) basées au sol ? Comment se fait-il aussi que la Chine, elle-même grande utilisatrice de l’espace, semble n’avoir vu aucune contradiction entre l’interception et la destruction intentionnelle d’un vieux satellite météorologique en 2007 et la formation consécutive de milliers de débris, et l’effort diplomatique qu’elle menait déjà par ailleurs sur le front des armes spatiales ?

L’explication ne peut pas être que matérialiste, comme nous le montre Max Mutschler. Et de fait, nous dit-il de manière assez convaincante, qu’il s’agisse de l’intérêt ou de la puissance, chacune des conditions nécessaires à la coopération sont présentes. Non seulement tout le monde a intérêt à coopérer afin de continuer à tirer profit de l’utilisation de l’espace, mais un accord vérifiable peut très facilement être mis en place étant donné que la phase de test est vitale dans le cycle de vie d’une arme et que sa mise en œuvre est facile à observer dans un environnement aussi transparent que l’espace. La spatio-dépendance qui diminue l’écart de puissance rend aussi a priori les choses plus aisées. Le problème donc est ailleurs. Il est que le processus d’apprentissage n’est pas allé aussi loin dans le domaine des armes spatiales que dans celui des ABM en leur temps. Les décideurs ont certes commencé à développer une compréhension partagée des enjeux de l’espace, mais celle-ci est restée limitée (le fameux « apprentissage environnemental » théorisé par James Moltz sur le modèle nucléaire de Nye). La faute à l’absence d’une véritable communauté épistémique transnationale (transnational epistemic community) capable, sinon de mettre d’accord, du moins de faciliter les discussions entre les principaux Etats sur le pourquoi et le comment de la coopération dans l’espace.

On aura bien quelques critiques à faire concernant par exemple la bibliographie où un certain biais de confirmation semble à l’œuvre concernant notamment la Chine. Peut-être plus problématique du point de vue de l’objectif que l’ouvrage se donne est le fait que les armes spatiales sont ici strictement analysées du point de vue instrumental/stratégique sans aucune référence à la dimension expressive qui est parfois la leur. Ceci étant dit, je ne chercherai pas ici à bouder trop longtemps mon plaisir car l’ouvrage a pour lui l’avantage évident de la fraîcheur, de la cohérence et surtout de la parcimonie ; ce qui constitue un spectacle malheureusement trop rare dans le domaine de la sécurité spatiale où l’agenda l’emporte généralement sur les efforts de clarification conceptuelle.

L’auteur n’en fait pas cas, mais une conséquence importante quoique rarement notée – et que je me permets donc de glisser – du biais normatif relevé plus haut en introduction est que le débat sur les armes spatiales qui est aussi ancien que l’âge spatial est dominé par un très fort sentiment de déjà vu et de répétition. Pour l’observateur extérieur, tout se passe comme si ce petit monde était condamné à revivre sans cesse la même conversation répétée en boucle d’une décennie à l’autre depuis 1950 faute d’avoir su développer en son sein des démarches de nature plus positive et réflexive. Les auteurs traitant sérieusement du contrôle des armements dans l’espace ne manquent pas mais aucun ne s’est véritablement essayé à produire une analyse plus systématique, motivée avant tout par un intérêt cognitif de compréhension et d’accumulation de la connaissance. Et sans surprise, les internationalistes qui se sont risqués à explorer un sujet d’apparence malgré tout très technique se comptent sur les doigts de la main. L’effort de Mutschler mérite de ce seul point de vue d’être salué. Or, à cela s’ajoute le fait qu’il connaît de toute évidence très bien son sujet.

Son espoir que les blocages autour des questions de définition et de vérification puissent être dépassés ne sera sans doute pas partagé par tout le monde tant il paraît difficile de discerner le moindre signe de progrès dans les gesticulations actuelles. Mais au moins l’auteur aura-t-il permis de dégager un cadre et les conditions requises pour obtenir de futurs accords. Sa contribution n’aura pas été négligeable si jamais grâce à lui pouvait enfin être résolue l’impasse conceptuelle dans laquelle les discussions sur l’arsenalisation de l’espace sont enlisées depuis tant d’années.

Cette recension a également été publiée sur War Studies Publications, le blog d’Olivier Schmitt, chercheur post-doctoral au CERIUM et membre d’u235. Je le remercie.






jeudi 23 octobre 2014

X-37B : un rappel

X-37B ORBITAL  ...
Je l’aurais raté que les flux d’entrée sur ce blog en provenance des moteurs de recherche auraient suffi à m’interpeller : oui, pour la troisième fois depuis 2010, après 674,9 jours en orbite autour de la Terre, le X-37B est rentré. Ce que cet engin a accompli là haut durant tout ce temps, on n’en sait rien ou très peu. L’USAF continue de fait de maintenir le flou sur la nature exacte de la mission et s’est cantonnée à dire que l’appareil qui en était à son second vol s’était bien comporté, confirmant donc ici qu’il était réutilisable. Cela n’empêche évidemment pas le net de fourmiller en hypothèses plus ou moins farfelues. Le risque est qu’à trop vouloir chercher des réponses, on en oublie presque de poser les vraies questions.

Or, la principale sinon l’unique à ce jour est celle consistant à demander pourquoi le programme militaire X-37B, quoique connu de tous et relativement bien documenté comme l’illustrent par exemple les résumés factuels de l’UCS ou encore de SWF, est toujours classifié. Etant donné l’histoire compliquée qui est la sienne – faite d’abandon successif et de reprise en main par la NASA, la DARPA et l’USAF – avant que le domaine ultra-protégé du secret défense ne lui permette de trouver un abri plus pérenne, on ne peut que s’interroger sur ce qui serait advenu de lui s’il lui avait fallu rivaliser en plein jour avec d’autres programmes pour maintenir un financement adéquat.

Non pas que le programme n’ait aucune utilité. Clairement, la possibilité de conduire des missions de très longue durée en orbite puis de retourner sur Terre offre des perspectives intéressantes en termes de développement de nouveaux matériaux et autres technologies très avancées. Son extravagance assumée pourra faire sourciller, alors que des alternatives tout aussi convaincantes et par ailleurs moins dispendieuses existent. Mais c’est surtout le secret qui l’entoure qui paraît excessif, non seulement superflu s’il s’agit d’un simple démonstrateur, mais également contreproductif au regard des réactions internationales que cela soulève et donc contradictoire avec les efforts que mènent les Etats-Unis dans le domaine de la sécurité spatiale et de la transparence.

Ceci étant dit, le X-37B n’en demeure pas moins le produit de son temps. Il semble en effet parfaitement correspondre au zeitgest actuel aux Etats-Unis, alors que ces derniers tablent à la fois sur la maîtrise de l’espace informationnel de conception duale/transversale et de nature plus politique/normative et sur la maîtrise de l’espace contrôlé de conception plus militaire et centré avant tout sur les besoins du Pentagone. D’un côté, on collecte un maximum d’informations en indiquant que rien ne se passe dans l’espace sans que nous soyons au courant ; de l’autre, on entretient l’incertitude et on laisse régner le flou quant aux capacités offensives qui sont peut-être les nôtres ou qu’on entend un jour développer. Or, de ce point de vue, force est de constater que le X-37B est un succès auquel tout le monde participe comme l’illustre la frénésie médiatique de ces derniers jours…

Image : Boeing. 






jeudi 16 octobre 2014

The Martian : manuel (très) détaillé de survie sur la planète rouge

Une fois n’est pas coutume, la recension que je vous propose n’est pas un ouvrage universitaire ou expert mais un roman, et un roman best-seller qui plus est dont la notoriété n’est plus à faire depuis que l’astronaute Chris Hadfield,  lui-même super star, l’a élevé au rang de lecture de référence et que Ridley Scott et Matt Damon ont projeté de le porter à l’écran pour une sortie prévue en 2015. A tel point qu’il semble s’être imposé ces derniers mois comme un livre de chevet obligatoire pour tout space geek qui se respecte : ne serait-ce que par assimilation avec l’auteur, Andy Weir, programmeur informatique devenu romancier à succès grâce au système d’auto-publication développé par Amazon.

The Martian (Le Martien, ou Seul sur Mars comme a préféré le traduire l’éditeur français), car c’est bien de lui dont il est question, s’inscrit dans la lignée des ouvrages qui ont fleuri après le World War Z de Max Brooks. Résumé simplement, il s’agit de raconter comment une série d’événements (épidémie de maladie, virus informatique de type « robopocalypse », etc.) créé un contexte menaçant dans lequel la survie même du personnage-narrateur est remise en cause et son existence transformée, à son corps défendant certes, mais du simple fait de sa détermination à vivre et à laisser une trace de son passage sur Terre, au gré de son nouveau statut de témoin privilégié voire d’historien. D’où le recours à une technique narrative centrée autour du « je », singulier ou pluriel : témoignages des survivants dans le livre de Brooks, enregistrements oraux du héros laissé seul sur Mars dans celui de Weir. D’où aussi un découpage du récit en plusieurs courts épisodes permettant d’entretenir la tension, du moins en théorie, si le lecteur ne se lasse pas du procédé : tout comme World War Z est un guide de survie en territoire zombie – pour réutiliser l’intitulé d’un livre l’ayant précédé – dont les conseils nombreux pourront peut-être un jour aider le lecteur prévoyant, The Martian se lit comme un manuel (très) détaillé de survie sur la planète rouge. 

Force est néanmoins de reconnaître à ce roman des caractéristiques propres qui le distinguent rapidement de cette littérature récente : que cela soit lié au genre dans lequel il s’inscrit (la SF dite « hard ») qu’à plusieurs partis pris dont le choix explicite de ne pas développer les personnages et de focaliser le récit sur l’action et l’action seulement (ce qui l’élimine d’office de la catégorie « astrofuturiste »).

The Martian n’est rien d’autre que le journal de bord de Mark Watney, un astronaute américain laissé pour mort sur Mars après qu’une tempête de sable particulièrement féroce a causé le départ précipité de ses compagnons. Cherchant à survivre dans un environnement sans doute plus hostile que n’a jamais pu l’être l’île déserte dans laquelle Defoe situe l’action de Robinson Crusoé, privé de communication avec la Terre, il ne dispose pour l’aider dans cette tâche que de son ingéniosité (il est après tout ingénieur-botaniste) et des équipements installés par la NASA en prévision de sa mission d’exploration (par ailleurs directement inspirée du projet Mars Direct de Robert Zubrin). Autant dire pas grand-chose comme l’astronaute en est lui-même très conscient : « I’m pretty much fucked. That’s my considered opinion. Fucked. […] I’m stranded on Mars. I have no way to communicate with Hermes or Earth. Everyone thinks I’m dead. I’m in a Hab designed to last 31 days. If the Oxygenator breaks down, I’ll suffocate. If the Water Reclaimer breaks down, I’ll die of thirst. If the Hab breaches, I’ll just kind of explode. If none of those things happen, I’ll eventually run out of food and starve to death. So yeah. I’m fucked ».

Je laisse volontairement ouvert le reste de l’œuvre. Il n’est pas dans mon objectif de faire un compte-rendu exhaustif de celle-ci ou d’en dévoiler tout ou partie de l’intrigue. Je me contenterai simplement d’explorer quelques thèmes marquants et de donner un avis qui bien sûr n’engage que moi. Sur ce dernier point, disons pour commencer que les premières lignes d’un roman sont souvent déterminantes et il faut admettre que l’incipit est ici très réussi. Non seulement celui-ci parvient à accrocher le lecteur et à l’intéresser à la situation apparemment désespérée du héros, mais il lui donne aussi un aperçu de la recette utilisée par Weir pour concocter son histoire : une succession de commentaires pince-sans-rire de la part du héros et une détermination à toute épreuve à aplanir, un à un, de manière littéralement scientifique, tous les obstacles qui se dressent inévitablement devant lui. C’est ce mélange fait de tension narrative et de traits d’humour qui donne à The Martian toute son efficacité et fait son intérêt. C’est aussi ce qui constitue sa faiblesse principale, le problème majeur de l’ouvrage étant son incapacité à se renouveler et à enlever l’impression que l’auteur a enfermé son personnage principal dans une sorte de boucle. Autant le premier tiers se lira d’une seule traite, autant certains lecteurs n’auront peut-être pas l’estomac assez solide pour avaler le reste sans risquer l’indigestion…

Pour les autres, et ils sont nombreux à en juger par le nombre de traductions à travers le monde, je garantis que The Martian constituera par contre un authentique page-turner. Et pour cause, de l’avis général, le livre tient à la fois d’Apollo 13 (R. Howard, 1995) et de Seul au monde (R. Zemeckis, 2000), deux films plusieurs fois récompensés qui ont en commun d’avoir pour interprète principal l’acteur Tom Hanks. Il n’est certes pas innocent à mon sens que la comparaison qui vienne d’abord en tête soit cinématographique. De fait, à cause notamment de ce manque d’épaisseur dont j’ai déjà parlé, le livre n’est pas loin de ressembler à un projet de film dont le scénario a été finalisé et son potentiel évalué très positivement mais auquel il manque encore un réalisateur et des acteurs pour véritablement lui donner corps. Reste que ce n’est pas non plus une coïncidence si ce sont ces deux titres qui sont cités en priorité.

1) Tout comme Apollo 13 – « NASA’s finest hour » –, The Martian joue avec la croyance selon laquelle l’agence spatiale américaine, une des rares entités gouvernementales à obtenir la confiance du contribuable américain malgré les ratés de l’ère post-Apollo, serait l’incarnation par excellence de la compétence. Sa façon de faire est néanmoins différente. Dans le film d’Howard, les héros sont moins les astronautes que les egg heads qui peuplent de manière caricaturale le Mission Control Center de la NASA et parviennent à force de cogitations à ramener sains et saufs Jim Lovell, Fred Haise et Jack Swigert à la maison. Eux seuls sont capables d’accomplir un tel exploit. Comme le veut l’adage popularisé par l’acteur Robert Guillaume : « you put an X anyplace in the Solar System and the engineers at NASA can land a spacecraft on it ». Weir laisse lui aussi une place importante à ce genre de personnage mais donne plus de latitude aux astronautes et notamment à Mark Watney qui passe l’essentiel de son séjour sur Mars sans contact aucun avec Houston. Il est vrai que Watney est autant un astronaute qu’un bricoleur de génie (un « MacGyver » lit-on ici et là) adepte du quick fix comme du duct tape.

2) La ressemblance avec le second film paraît, quant à elle, purement formelle. Si Watney et le personnage joué par Tom Hanks sont tous deux « seuls au monde », la solitude ne semble jamais vraiment peser sur l’astronaute qui se révèle imperméable, contrairement au naufragé, à tout type de folie, fût-elle passagère. Et pour cause, à la différence de nombreux films spatiaux comme Moon (D. Jones, 2009), Solaris (A. Tarkovski, 1972) voire encore Gravity (A. Cuarón, 2013) où les apparitions succèdent au sentiment d’isolement, de doute et de désespoir, Weir refuse que son personnage s’abandonne à toute forme d’introspection. Certes, on ne peut pas ne pas être frappé par la frénésie besogneuse qui semble s’emparer de l’esprit de Watney dès le début pour ne s’achever véritablement qu’à la fin du livre lorsqu’enfin il peut se laisser aller. Mais le don que l’astronaute a de se glisser dans la peau d’un observateur extérieur comme penché sur son diagramme de Gantt ou son réseau PERT avec ses tâches et ses chemins critiques, la façon très rationnelle, presque détachée, avec laquelle il envisage sa situation, tout cela laisse penser qu’il n’y a pas d’homme sur Mars, seulement un ingénieur. Une conclusion qui n’est pas sans rappeler l’Île mystérieuse de Jules Verne, Mark Watney apparaissant dès lors comme un Cyrus Smith moderne.

Le revers de la médaille est bien sûr qu’il ne peut pas être question de conquête de Mars ici. Bien qu’il s’en défende en recherchant le réalisme et l’exactitude scientifique au détriment du simple divertissement, le roman s’inscrit ainsi davantage dans la veine d’un Gravity qui se borne à subir les événements sans chercher à les modeler ou à les devancer. La planète rouge n’est finalement qu’un prétexte. Rien à voir donc avec un Ben Bova d’emblée plus politique malgré un contexte d’exploration de Mars relativement similaire (Mars, 1993/2001 ; Retour sur Mars, 1999/2003). Rien à voir non plus avec un K. S. Robinson dont la trilogie (Mars la rouge, 1992/1994 ; Mars la verte, 1993/1995 ; Mars la bleue, 1996) constitue l’archétype même de la « nouvelle » génération de science-fiction critique.



dimanche 12 octobre 2014

Des Etoiles et des Ailes

Avis aux passionnés, le festival aérospatial gratuit « Des Etoiles et des Ailes » s’invite le temps d’un (long) weekend, du 13 au 16 novembre 2014, à Toulouse à la Cité de l’espace. Si je vous parle de cet événement qui en est déjà à sa cinquième édition, ce n’est pas seulement parce qu’un vieux camarade de promo, Romain Charles – dont l’expérience (psychologique) de simulation de vol martien de 520 jours laisse toujours sans voix –, en sera le parrain, mais parce que les organisateurs ont décidé cette année de lancer un prix du livre spatial ouvert à tout le monde et présidé par l’astronaute Patrick Baudry en sus d’un prix BD et d’un prix aéronautique. Initiative que je ne peux que saluer !



vendredi 12 septembre 2014

Déjà dans les bacs : L'Europe spatiale. Le déclin ou le sursaut (éd. Argos)


La France a-t-elle abandonné ses ambitions spatiales ? À première vue, ce n'est pas le cas : le Livre blanc de la Défense et de la Sécurité nationale de 2013 invite toujours à considérer l’Espace comme un domaine d'avenir. Dans le champ militaire en particulier, le Livre blanc relève que « le libre accès et l'utilisation de l’espace sont des conditions de notre autonomie stratégique ». Pour autant, le document n’offre pas réellement de feuille de route en mesure de passer du stade des diagnostics à celui des réalisations concrètes, alors même que la question de l'avenir du lanceur Ariane est posée. Spécialiste de la stratégie spatiale, chercheur au programme Espace de l'Institut français des relations internationales, Guilhem Penent plaide dans ce livre pour une nouvelle ambition spatiale, à la fois française et européenne.

192 pages
15€
ISBN : 978-2-36614-017-0
Amazon.fr


Introduction

1. Pourquoi aller dans l’espace ? Les trois enjeux de la maîtrise de l’espace

1.1. Puissance spatiale, puissance responsable
- Garantir la liberté d’action dans l’espace
- L’espace au service de la paix
- L’espace au service de la sécurité

1.2. L’espace utile et la maîtrise de la dépendance au marché
- Les maillons et la chaîne
- L’inévitable soutien de l’État
- Quelles retombées ?

1.3. L’espace, reflet et vecteur des valeurs de l’Europe
- L’Europe face au « piège du prestige »
- L’imagination au pouvoir ?
- L’espace et la société de l’information pour tous

2. L’espace en héritage : Les cinquante premières années de l’Europe spatiale

2.1. L’équilibre historique et l’invention de l’espace en Europe
- Les débuts de l’Europe spatiale et la France
- Crises et affirmation de l’Europe spatiale
- À la recherche d’un programme spatial européen équilibré

2.2. L’équilibre institutionnel et les vertus de la sécurité et de la stabilité
- L’ESA, une agence et un programme uniques
- L’union dans la diversité
- Rencontre du troisième type : l’Union européenne

2.3. L’équilibre international et l’exigence de non-dépendance
- L’accès autonome à l’espace
- L’industrie spatiale européenne
- La coopération internationale

3. Vers un nouveau consensus : La maîtrise de l’espace au XXIe siècle

3.1. Les États membres, moteurs constants de l’Europe spatiale
- Quelles visions nationales pour l’Europe ?
- Les atermoiements du couple franco-allemand
- L’avenir du leadership français

3.2. L’UE et l’espace : une opportunité et un défi ?
- Les deux programmes « amiraux », un test pour la crédibilité de l’UE
- Le Code de Conduite, un test pour la légitimité de l’UE
- Quel avenir pour la politique spatiale européenne ?

3.3. L’européanisation de l’espace militaire en question
- Pourquoi tenter de coopérer ?
- L’échec de la stratégie des Lego ?
- Le défi de la maîtrise de l’espace : la maîtrise du temps

Conclusion