dimanche 3 février 2013

Actualités de l’espace : La Corée du Sud atteint l’orbite, le privé rêve d’ouvrir et d’exploiter la frontière de l’espace

STS-107
Une nouvelle entreprise, prénommée Deep Space Industries (DSI), a annoncé mardi 22 janvier qu’elle comptait envoyer à partir de 2015 des flottes de petits vaisseaux prospecteurs pesant 25 kg (les “FireFlies”, les fans de SF apprécieront) suivis de véhicules transporteurs de 32 kg (les “DragonFlies”) en direction des astéroïdes les plus proches de la Terre avec l’objectif d’en exploiter les ressources, y compris transformer directement celles-ci en produits complexes à l’aide d’imprimantes 3D (“Microgravity Foundry”). Avec cette annonce, DSI s’attaque à un marché jusque-là monopolisé, du moins sur le papier, par Planetary Resources, Inc. A la différence que Planetary Resources peut au moins revendiquer une certaine respectabilité et crédibilité, puisque la compagnie créée l’an passé est soutenue par de riches investisseurs, de Larry Page et Eric Schmidt de Google à Charles Simonyi ex- de chez Microsoft. Le business plan de DSI est étrangement muet lorsqu’il s’agit de parler du nerf de la guerre : l’argent.

Les astéroïdes sont à la mode aujourd’hui, aussi bien du côté des investisseurs privés que des gouvernements. Si les seconds s’inscrivent dans un schéma d’exploration traditionnel, les premiers ont néanmoins un obstacle majeur devant eux : l’incompatibilité apparente entre le régime de l’espace tel qu’actuellement en place et leurs projets d’exploitation des astres célestes à des fins de profit.


Le 27 janvier dernier, le Japon a lancé deux satellites de reconnaissance IGS, Radar 4 et Optical Radar-5, depuis le Tanegashima Space Center, principale base de lancement du pays. Les charges utiles ont été placées avec succès en orbite grâce au lanceur japonais H-2A qu’opèrent depuis peu les industries Mitsubishi. Il s’agissait du 22e lancement de la fusée H-2A, le 16e réussi depuis l’échec de 2003 et la perte des premiers satellites du programme « espion » et ainsi le 8e consacré au programme secret de satellites japonais dit IGS pour « Information Gathering Satellites ». IGS-Radar 4, le troisième satellite de la constellation, a un poids total de 850 kg et une durée de vie de cinq ans pour une résolution sub-métrique. Le démonstrateur optique, d’une durée de vie de deux ans, aurait quant à lui une résolution de 40 cm. Le Japon a établi ce programme à la suite du test d’un missile nord-coréen en 1998 dans le but de surveiller la Corée du Nord et de collecter des informations sur les préparatifs de lancement. Etant donné la nature secrète du lancement, il n’y a pas de vidéo officielle aussi bien du gouvernement que de Mitsubishi. Les amateurs ont donc suppléé… Trois autres tirs sont prévus cette année au Japon.


Première étape vers l’envoi d’hommes en orbite selon l’agence de presse Fars, l’Iran a déclaré avoir lancé dans l’espace à 120 km d’altitude une capsule de 285 kg contenant un singe. Le communiqué ajoute que l’animal a ensuite été récupéré vivant. A priori rien de bien excitant, s’il n’y avait les médias pour monter l’affaire en épingle et l’Iran pour faire de ce tir (suborbital) une démonstration de force et de prestige. La fusée Kavoshgar-3 a ainsi été tirée le lundi 28 janvier sans qu’il soit possible de préciser les détails, le site de lancement ou le lieu de récupération. Les Etats-Unis n’ont d’ailleurs confirmé ni le lancement ni le statut de sa mission laissant subsister un doute que les photographies publiées n’ont pas dissipé, bien au contraire. A noter que le programme spatial iranien, actif depuis 2009 notamment, est critiqué car violant la résolution 1929 du Conseil de Sécurité des NU, adoptée en 2010, qui interdit le développement par l’Iran de missiles balistiques. Dans le cas présent, le vol était suborbital et la technologie utilisée (je pense au bouclier thermique) sans doute très différente de celle nécessaire pour développer un missile balistique à tête nucléaire. Reste que c’est l’Iran et que l’on annonce qu’il en sera donc autrement dans l’avenir notamment si le régime poursuit le développement des fusées Safir (masse > 26 tonnes) et surtout Simorgh (masse > 80 tonnes).


Après la Corée du Nord en décembre dernier, le ô combien élitiste club spatial vient d’accueillir un onzième membre - treizième si l’on compte l’ESA, en plus de la Grande-Bretagne et de la France, et le couple Russie/Ukraine en tant que survivants de l’URSS. En parvenant à arracher avec succès 140 tonnes de métal et de carburant à la gravité terrestre, la Corée du Sud accède en effet à son tour au titre si convoité. A la différence de l’exploit similaire de Pyongyang, cela alors que le Conseil de Sécurité des NU a adopté une troisième résolution (Résolution 2087) imposant de nouvelles sanctions au régime du Nord, la réaction internationale a salué la réussite sud-coréenne.

La fusée sud-coréenne Korea Space Launch Vehicle-1 (KSLV-1) a été tirée avec succès le 30 janvier depuis le centre spatial de Naro (quelque 500 km au sud de Séoul) avec à son bord un satellite scientifique STSAT-2C d’un poids de 100 kg. Il s’agit de la troisième tentative de lancer une fusée. Organisé dans le cadre d’une coopération avec la Russie, celle-ci ayant accepté de développer le premier étage de la fusée, le programme spatial sud-coréen cumulait jusqu’à présent les déceptions après les échecs de 2009 et 2010. Avant d’être transformé, cet essai avait lui-même été repoussé à de nombreuses reprises laissant à la Corée du Nord le soin de placer la première un satellite en orbite : d’abord annoncé pour novembre, le lancement avait été annulé en raison de dysfonctionnements techniques, apparemment au niveau du moteur russe fabriqué par Khrounitchev sur la base de la future fusée russe Angara. De ce point de vue, malgré la réussite finale, le programme est donc un échec politique.

Sur le plus long terme, reste à savoir si la Corée du Sud aura tiré de cette coopération – à laquelle ce troisième tir réussi met fin – l’expérience nécessaire pour continuer le chemin seule. Séoul prévoit notamment le développement et le lancement en 2021 d’une fusée 100% indigène capable d’amener en orbite une charge utile de 1,5 tonnes.


Le nouveau système TDRS-K (Tracking and Data Relay Satellite K) de la NASA a décollé le 31 janvier lors d’un lancement sans problème depuis la base de l’USAF de Cape Canaveral. C’est à la fusée Atlas 5 de ULA que la tâche a été dévolue d’emporter ce satellite de communication de nouvelle génération à un demi-milliard de dollars en orbite géostationnaire. Le satellite TDRS-K de 3,5 tonnes est le premier d’une série de trois satellites qui devrait renforcer d’ici 2015 le réseau TDRS, aujourd’hui composé de seulement cinq appareils, de communication et de relais de donnés entre le sol et les véhicules – notamment habités – situés dans l’espace.


Malgré un calendrier des lancements chargé cette semaine, la conquête de l’espace est loin d’être une affaire de routine. L’échec retentissant de la fusée Zenit-3SL ce vendredi 1 février n’illustre que trop bien cette réalité. A peine plus de 40s après son décollage depuis la plateforme Odyssey, le lanceur de Sea Launch s’est ainsi abimé dans l’Océan Pacifique avec sa précieuse cargaison de 6 tonnes, le satellite IS-27. Une perte qu’il faudra compenser : c’est aussi vrai pour l’opérateur de télécommunications n°1 mondial Intelsat que pour le secteur des assurances – IS-27 était assuré à hauteur de 400 millions de dollars – pour qui 2013 commence d’ores et déjà dans le rouge.

Mais cet accident jette surtout le trouble sur l’avenir de la société Sea Launch qui se remettait à peine de la faillite de 2009 – causée par un précédent échec en 2007 – et de la restructuration dont elle avait fait l’objet en 2010 avant de revenir à l’opérationnel en septembre 2011. Après une année 2012 bien remplie, SL prévoyait son grand retour pour 2014 avec quatre campagnes de tirs par an.

Enfin, même si Ria Novosti se plaît à rappeler que la Zenit est au moins partiellement de « fabrication ukrainienne », cet échec est aussi le dernier d’une longue série d’accidents frappant l’industrie russe. La fusée Proton, utilisée par la société ILS, a subi en décembre dernier un troisième échec en moins de 16 mois. Quant au petit lanceur Rockot, malgré une mise en orbite réussie, il a tout de même souffert d’un dysfonctionnement lors de sa manœuvre de désorbitage.


En lieu et place de notre rubrique cinéma, cette semaine sera consacrée à la technologie au travers du  programme SeeMe. Le programme « Space Enabled Effects for Military Engagements » de la DARPA a pour objectif de fournir aux combattants sur le terrain une information d’origine spatiale disponible à la demande. SeeMe fournirait ainsi une imagerie en temps réel des alentours immédiats du combattant à l’aide d’appareils portatifs du genre téléphone mobile ou tablettes.  « We’re putting near-real time data where the warfighter needs it – directly into their hands – and providing them with vital, tactical intelligence they can control » a indiqué l’entreprise Raytheon à l’origine du projet. SeeMe comprend également un deuxième volet, soit une capacité de lancement rapide à bas coût : en l’occurrence le « Airborne Launch Assist Space Access », un simple avion modifié sous lequel un lanceur a été installé. Pour un total de 1,5 millions de dollars le lancement, SeeMe serait organisé autour d’une constellation de 24 microsatellites d’une durée de vie individuelle de 45 jours. Complémentaire des drones actuels, une telle architecture low-cost en orbite basse permettrait aux combattants de disposer d’une couverture satellite toutes les 90 minutes.



RememberingLa désintégration en vol de la navette Columbia en janvier 2003 a causé la mort des sept membres d’équipage de STS-107 et la fin du programme Shuttle. Cette semaine, dix ans après, l’Amérique se souvient :
Ten years ago, seven brave astronauts gave their lives in the name of exploration when America's first flight-ready space shuttle, Columbia, failed to return safely to Earth. Each year, on NASA's Day of Remembrance, we honor the crew of that Columbia flight, as well as those of Challenger and Apollo 1, and all the members of the NASA family who gave their lives in the pursuit of expanding our Nation's horizons in space-a cause worthy of their sacrifice and one we must never forget.
-- Président BarackObama

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